18 mai 2023

La Liste de Schindler : Martin Scorsese explique pourquoi il a refusé de faire le filma

Parmi ces films qui ont marqué l'Histoire du cinéma, La Liste de Schindler occupe incontestablement une place de choix; figurant même dans le top 100 des meilleurs films de tous les temps, selon la bible hollywoodienne qu'est le Hollywood Reporter.

En 1982. Steven Spielberg triomphe au Box Office mondial avec E.T. C'est aussi cette année là qu'il découvre un ouvrage d'un auteur australien, Thomas Keneally : La Liste de Schindler, traduit en France en 1984.

L'histoire d'Oskar Schindler, industriel nazi convaincu, qui sauvera finalement de la déportation quelques 1300 juifs en engloutissant sa fortune. Une histoire qui le bouleverse et qu'il souhaite adapter au cinéma; mais "ne se sentant pas prêt émotionnellement" -comme il le dira lui-même-, il a longtemps cherché à confier le projet de film à d'autres réalisateurs, avant de se raviser.

D'abord Roman Polanski, qui refuse : cette histoire est trop proche de la sienne, lui qui a réchappé enfant du terrible ghetto de Cracovie, tandis que sa famille fut exterminée à Auschwitz. Spielberg songe aussi à confier la réalisation à Billy Wilder, qui réaliserait là son dernier film. Ou encore Martin Scorsese, intéressé dans un premier temps, avant de décliner l'offre : "ce film doit être réalisé par une personne de confession juive" lui a-t-il dit.

Dans une interview fleuve accordée au site Deadline en amont de la présentation à Cannes de son film ultra attendu, Killers of The Flower Moon, Scorsese revient notamment sur la génèse du film de Spielberg, qu'il a contribué à impulser avec l'aide du (brillant) scénariste Steven Zaillian, à qui l'on doit notamment le script de Gangs of New York.

"Pour La Liste de Schindler, j’avais engagé Steven Zaillian, et nous travaillons tous les deux sur le scénario. J’étais prêt à le réaliser. Mais j’avoue avoir eu des doutes. Nous étions en 1990, je venais de tourner La Dernière Tentation du Christ.

Je me souviens que Spielberg, au fil des années, n’arrêtait pas de me parler du livre. Il me l’avait montré quand nous étions dans l’avion vers Cannes, et il me disait "C’est mon futur grand film, et je vais le réaliser". [...] Et je lui avais répondu "Bien, j’ai La Dernière Tentation du Christ de mon côté, et je vais le faire également.

À l’époque, je n’arrêtais pas de dire "Je ne suis pas juif !" Ce que je voulais dire, c’est que l’histoire devait être racontée par un juif, et je pense que Spielberg était d’accord avec moi. [...] Il m’avait raconté qu’il n’y avait que 200 juifs à Phoenix, là où il ou avait grandi. Je ne pouvais pas le croire. Je viens moi-même de l’Upper East Side, et j’ai grandi avec cette communauté. Je n’étais pas altruiste, cela faisait sens qu’il prenne ce projet en main. J’avais peur de ne pas être à la hauteur sur ce coup".

"Lorsque vous avez vu le résultat final, quelle a été votre sentiment ?" lui demande le journaliste. Scorsese lui répond : "Si j'avais fait le film, ca n'aurait pas été le succès qu'il est devenu. Il aurait pu être bon. j'avais des idées, dont la plupart se retrouvent dans le film [de Spielberg]. J'avais une fin différente. J'ai une grande admiration pour son film".

Johnny Depp répond aux polémiques à Cannes

Si certains pouvaient imaginer des protestations lors de la présentation du film Jeanne du Barry de Maïwenn, ce mardi 16 mai en ouverture du Festival, la montée des marches de l’équipe s’est déroulée sans heurt - un important dispositif de sécurité ayant été mis en place. De ce fait, Johnny Depp est apparu, tout sourire, aux côtés de l’actrice et réalisatrice.

Pour le rappel, le jour de l'ouverture, le journal Libération a recensé plus d'une centaine de signatures d'acteurs et d'actrices contre "[les] hommes et [les] femmes qui agressent". Cette tribune vise à soutenir la décision d'Adèle Haenel de quitter le milieu du cinéma et à protester contre la venue de l'acteur américain au festival.

Plusieurs questions ont néanmoins été posées directement à l'acteur lors de la conférence de presse, organisée ce mercredi 17 mai - conférence à laquelle l’interprète de Louis XV est arrivé avec plusieurs minutes de retard.

Lorsqu’un journaliste du média américain Deadline lui demande s’il se sent boycotté par l’industrie Hollywoodienne, Johnny Depp répond sans détour : “Si je me sens boycotté par Hollywood ? Non, pas du tout. Je ne me sens pas boycotté par Hollywood parce que je ne pense pas à Hollywood. Je n’en ai pas vraiment besoin.”

Il ajoute : “Je pense que nous vivons une époque étrange, absurde où tout le monde veut être soi-même, mais ils n’y arrivent pas. Ils doivent entrer dans le rang, se conformer. Si vous voulez vivre cette vie, moi je serai de l’autre côté.”

En référence au procès qui l’opposait à Amber Heard, Johnny Depp déclare : "En ce qui concerne ma vie, la majorité de ce qui est écrit relève d’une fiction fantastiquement et horriblement écrite." A l'issue de ce procès très médiatisé, les jurés avaient statué sur une diffamation mutuelle, mais dans des proportions différentes, condamnant la comédienne à verser 10 millions de dollars de dommages et intérêts à son ex-époux quand l'acteur était condamné à lui verser 2 millions de dollars. Un accord financier avait finalement été trouvé. Rappelons également qu'un premier procès, intenté par Johnny Depp au tabloïd The Sun qui l’avait présenté comme un époux violent, avait été tranché en faveur du journal britannique

Quant au terme “comeback” - son retour -, l’acteur fait savoir qu’il ne comprend pas ce terme : "Je ne suis jamais parti. (...) Peut-être que des gens ont cessé de m’appeler, mais je ne sais pas de quoi ils avaient peur. Je ne suis allé nulle part. J’étais là. Donc un 'comeback', c’est comme si je sortais de chez moi et que je faisais un numéro de claquettes ou quelque chose comme ça."

Spider-Man : la nouvelle bande-annonce de Spider-Verse

Sorti en 2018, New Generation nous offrait six versions de Spider-Man pour le prix d'une place de cinéma (ou d'un DVD/Blu-Ray). Cinq ans et un Oscar du Meilleur Film d'Animation plus tard, sa suite intitulée Across the Spider-Verse (même en France) promet de mettre les bouchées double.

Et même plus, car c'est une multitude de variants et variantes de l'Homme-Araignée que l'on aperçoit dans cette nouvelle bande-annonce absolument folle.

Après avoir acquis ses pouvoirs et compris ce qui faisait l'essence d'un Spider-Man, Miles Morales va cette fois-ci apprendre comment les utiliser et devenir un héros, au contact d'un groupe d'élite regroupant les meilleures versions de lui-même à travers les multivers.

Des Avengers arachnéens parmi lesquels se trouve un certain Miguel O'Hara (doublé par Oscar Isaac), que la promo présentait jusqu'ici comme le méchant de l'histoire. Ce sera visiblement toujours le cas dans le long métrage, attendu dans nos salles le 31 mai.

Mais cette bande-annonce nuance l'opposition entre Miles et celui qui se fait également appeler Spider-Man 2099, en montrant que c'est dans la manière de rendre la justice et d'utiliser leurs pouvoirs respectifs que les deux hommes vont devenir ennemis.

Le tout au sein d'une aventure qui nous emmènera dans plusieurs mondes différents (chacun ayant un style graphique bien à lui) et où nous retrouverons Gwen Stacy ainsi que Peter Parker, devenu papa.

Mais pas de trace, pour le moment, de Spider-Cochon ou Spider-Man Noir, même si une apparition surprise n'est pas à exclure dans un film qui semble avoir encore un paquet de cartes dans sa manche.

Si le résultat est à la hauteur de cette bande-annonce spectaculaire, mais qui sait être amusante et nous donner des frissons lorsque retentit l'une des chansons les plus iconiques du premier opus ("What's Up Danger"), et que cette idée de Miles qui doit écrire sa propre histoire super-héroïque est bien exploitée, on peut d'ores et déjà se préparer à un nouveau sommet. En attendant l'épisode 3, dans pile un an. 

17 mai 2023

Prince Harry et Meghan Markle : un « harceleur » arrêté devant leur manoir de Montecito

Alors qu'ils ont fait une apparition très remarquée à New York, la duchesse de Sussex recevant un prix, leur manoir de Montecito a été le théâtre d'un fâcheux évènement. Comme le rapportent nos confrères du Daily Mail, la police a reçu un appel à 2 heures du matin le lundi 15 mai dernier de la part d'un employé de la sécurité des Sussex. Un "harceleur" présumé a été arrêté alors qu'il rôdait devant leur manoir de Montecito en plein milieu de la nuit.

"Il semblerait qu'un membre de leur équipe de sécurité l'ait placé en état d'arrestation citoyenne, avant d'alerter la police locale" relate la presse britannique. Selon TMZ, le jeune homme de 29 ans a été placé en état d'arrestation à l'entrée de la propriété du couple de Sussex. À l'arrivée des policiers, il a été placé en garde à vue et inculpé pour harcèlement criminel, avant d'être libéré contre une caution de 2 500 dollars.

Meghan Markle reçoit un prix prestigieux

Une journée importante pour Meghan Markle. De passage à New York, mardi 16 mai, la duchesse de Sussex a assisté au gala organisé par la Foundation for Women au Ziegfeld Ballroom. Une cérémonie au cours de laquelle la mère d’Archie et Lilibet a été célébrée pour son implication dans le combat féministe. Présente aux côtés de sa mère Doria ainsi que de son époux, le prince Harry, cette dernière a notamment reçu un prix prestigieux : le Woman of Vision. Une distinction que de rares personnalités - à l’instar d’Hillary Clinton, Maxine Waters ou encore Diane von Furstenberg - ont reçues au cours de leurs carrières.

Comme l’a rapporté le Daily Mail ce mercredi 17 mai, Meghan Markle s’est montrée très touchée de recevoir une telle distinction. Lorsqu’elle a récupéré son prix, l’épouse du prince Harry a non seulement remercié le public présent pour "l’accueil chaleureux" qu’elle a reçu mais en a également profité pour partager des mots encourageants. "Il n'est jamais trop tard pour commencer. Vous pouvez être le visionnaire de votre propre vie", a-t-elle déclaré, fière.

Si elle s’est montrée très reconnaissante d’avoir remporté le prix de Woman of Vision de la part de son amie Gloria Steinem, Meghan Markle a ensuite tenu à saluer les autres lauréates qui n’ont pas eu l'honneur de recevoir cette récompense. C’est donc en toute humilité que l’épouse du prince Harry a tenu à les féliciter pour tout le "travail important et significatif" qu’elles ont accompli.

Ayant - durant sa jeunesse - suivi de très près le travail de Gloria Steinem pour la cause féministe, Meghan Markle a également tenu à lui adresser de tendres déclarations. Elle l’a ainsi remerciée pour "son mentorat, [ses] conseils avisés, [son] sens de l'humour extraordinairement effronté et, bien sûr, pour [son] incroyable amitié."

Sept minutes de standing ovation pour Johnny Depp à Cannes après Jeanne du Barry

Hier soir, Jeanne du Barry, le film de Maiwenn présenté hors compétition en ouverture du 76e Festival de Cannes, a fait sensation à bien des égards. Notamment parce que Johnny Depp, qui n'était plus apparu en public depuis sa longue bataille juridique contre Amber Heard, l'an dernier, y incarne leRoi Louis XV. 

Après avoir monté les marches et défilé sur le tapis rouge, malgré la désaprobation et les contestations, l'acteur américain a été acclamé par la salle. Johnny Depp a reçu une ovation de sept minutes et a même dû retenir ses larmes alors que la foule applaudissait à tout rompre, comme une réponse cinglante aux polémiques de ces derniers jours.

La réalisatrice, Maiwenn, a également éclaté en sanglots et, prenant le micro, a lâché quelques mots :

"Je veux partager ce moment avec mon amoureux, avec mon producteur, avec Le Pacte. C'était une production qui était difficile à financer... et je veux partager ce moment avec toute mon équipe à travers cette salle."

Jeanne du Barry sort au cinéma ce mercredi 17 mai partout en France.

Arnold Schwarzenegger dit adieu à Terminator

C'est le rôle qui fait de lui une superstar, au coeur des années 1980. Alors champion de bodybuilding, l'Autrichien Arnold Schwarzenegger débarque à Hollywood pour faire l'acteur et crève l'écran en Terminator. Un personnage qui lui collera à la peau toute sa vie et qu'il jouait encore 30 ans plus tard, dans Terminator (en 2019). Mais cette fois, il dit adieu aux cyborgs.

Après être apparu dans six films Terminator, Arnold Schwarzenegger annonce qu'il arrête : "La franchise n'est pas terminée. Mais moi, j'en ai fini", dit-il dans le Hollywood Reporter. "J'ai compris le message des fans, ce message clamé haut et fort que le monde veut passer à autre chose, à une autre version de Terminator. Quelqu'un doit trouver une bonne idée maintenant..."

Arnold Schwarzenegger fait ici référence aux flops des deux derniers opus. Il explique : "Terminator a été grandement à l'origine de mon succès, donc j'aurai toujours beaucoup d'affection pour cette saga. Les trois premiers films étaient super. Mais après, il y a eu le numéro 4, Salvation, dans lequel je ne jouais pas parce que j'étais Gouverneur de Californie à cette époque. Ensuite, il y a eu Terminator : Genisys et Terminaor : Dark Fate, qui n'ont pas été à la hauteur, en ce qui me concerne. Nous le savions à l'avance parce qu'ils n'étaient tout simplement pas bien écrits", résume l'acteur.

Terminator : Dark Fate, marqué par le retour de Linda Hamilton, s'est largement planté au box-office, avec seulement 261 millions de dollars de recettes mondiales.

Alita 2 ne se ferait que si James Cameron le réalisait

Y aura-t-il une suite à Alita: Battle Angel ? Les rumeurs d'Alita 2 vont bon train depuis quelques années et Robert Rodriguez, le réalisateur, a déjà fait savoir qu'il était partant pour poursuivre la saga. Sauf que cela n'arrivera pas selon le site World of Reel. 

En reprenant des sources anonymes de chez Disney - à prendre avec des pincettes - Alita ne serait validé que si James Cameron passait derrière la caméra ! Scénariste et producteur (avec Jon Landau) du premier film, il avait laissé Rodriguez s'occuper de la réalisation et à l'arrivée, le box-office était décevant avec 405 millions de dollars de recettes mondiales. Est-ce que le film aurait fait plus si c'est James Cameron qui avait été aux manettes ?

C'est ce que semble croire le PDG de Disney, Bob Iger, qui aurait déjà dit qu'il ne donnera le feu vert au projet Alita 2 que si c'est Cameron qui dirige. Alors le cinéaste de 68 ans peut-il réellement se lancer dans un tel projet ? Selon World of Reel, il envisagerait de le faire, mais son emploi du temps est très chargé, avec les prochains Avatar à terminer et son film Last Train from Hiroshima récemment annoncé.

La suite de Jumeaux est morte selon Arnold Schwarzenegger

La récente apparition de Arnold Schwarzenegger et Danny et DeVito au dîner des correspondants de la Maison Blanche est visiblement la seule suite de Jumeaux à laquelle on aura droit ! 35 ans après le film culte qui réunissait les improbables frères Benedict, le deuxième volet se fait toujours désirer et son Schwarzy, le projet est même mort.

Dans une interview avec The Hollywood Reporter, Schwarzenegger rejette la responsabilité de l'abandon de Triplets sur Jason Reitman, fils du réalisateur de Jumeaux, Ivan Reitman, qui n'a pas repris le projet à la mort de son père :

"Jason Reitman a tout foutu en l'air ! Il a littéralement arrêté le projet à la mort de son père. Son père voulait de le faire, vraiment le faire. Moi aussi je voulais le faire vraiment. Danny DeVito y tenait également. Nous avions le financement. Mais quand son père est décédé, Jason a dit qu'il n'avait "jamais aimé l'idée" - alors il l'a enterrée."

Arnold Schwarzenegger et Danny et DeVito ne se retrouveront donc pas pour Jumeaux 2, mais un autre film devrait réunir le duo culte : "On développe un autre film avec Danny", dit-il mystérieusement. "C'est tellement fun de travailler avec lui et il est tellement talentueux."

Rappelons qu'Ivan Reitman devait réaliser Triplets, mais il est mort, à 75 ans, en 2022. Son fils, Jason Reitman, a repris ses SOS Fantômes pour Ghostbusters: Afterlife en 2021 et il tourner actuellement la suite.

Le Mépris, de Jean-Luc Godard, fête ses 60 ans à Cannes

En 2016, Le Mépris de Jean-Luc Godard avait été choisi pour être à l'honneur sur l'affiche du festival de Cannes. Cette année, ce drame porté par Brigitte Bardot et Michel Piccoli est une nouvelle fois au coeur des festivités, diffusé dans une réédition en 4K dans le cadre de Cannes Classics. Rendez-vous à 17h15 dans la salle Buñuel . Un événement organisé en amont de son 60e anniversaire : il est sorti précisément dans les salles françaises le 20 décembre 1963 et était alors interdit aux moins de 18 ans pour ses scènes de nu.

Carlotta et StudioCanal lui offrent pour l'occasion une nouvelle affiche, et annoncent la diffusion au cinéma de cette version restaurée à partir du 24 mai. Pour patienter, retour sur sa création et son accueil initial

Il est des œuvres qui changent à jamais le cours des choses. Des œuvres, dont le contact vous laisse à terre et qui révèlent au commun des mortels des sentiments jusqu’alors insoupçonnés. Le fait, par exemple, qu’un film ne doit pas reposer seulement sur une belle histoire, racontée avec de jolis comédiens dans des décors sublimes, avec des dialogues soigneusement écrits.

Avec Le mépris tourné en 1964, Jean-Luc Godard a transcendé tous ces éléments décoratifs pour tutoyer la grâce des dieux. Dieux au pluriel car la mythologie du film est bien liée à la Grèce antique dont la présence physique, morale et intellectuelle traverse tous les pores de la pellicule. On trouve ici le Dieu cinéma. Le mépris a, en effet, pour toile de fond scénaristique, un film dans le film tourné dans les mythiques studios de cinéma de Cinecittà, à Rome, où nos héros se débattent avec leurs sentiments. L’objectif de la caméra du chef opérateur Raoul Coutard nous dévisage d’ailleurs dès le premier plan, dans ce qui reste l’un des génériques les plus puissants de l’Histoire du septième art.

Il y a Dieu en personne, avec le figure de Fritz Lang – le cinéaste des cinéastes !- l’auteur de Metropolis, Le testament du Docteur Mabuse, M le maudit, Les contrebandiers de Moonfleet, jouant ici son propre rôle. Il y a aussi le Dieu qui créa la femme : Brigitte Bardot, 30 ans à l’époque, au faîte de sa gloire et sa beauté. Ajoutez à cela, la baie de Capri et ses eaux bleu turquoise, la musique sublimement mélancolique de Georges Delerue ou les imposantes statues de L’odyssée que la caméra encercle pour mieux nous rappeler qu’ici-bas, nous en sommes que des êtres sans défense. Près de cinquante après les faits, le monument de Jean-Luc Godard continue d’imposer sa loi suprême. Le temps n’a pas de prise sur lui. Un gage d’éternité pour un film pourtant hanté par le spectre de la mort.

Le mépris est une très libre adaptation d’un roman de l’italien Alberto Moravia paru en 1954. Le livre raconte les moments qui précèdent une rupture amoureuse où l’homme et la femme ne peuvent que constater, impuissants, leur éloignement progressif. Nous sommes à Rome, la jolie Camille a suivi Paul, son compagnon, engagé comme scénariste sur un film produit par des Américains autour de L’odyssée d’Ulysse. Sur place, le couple se disloque peu à peu. Camille, insaisissable, s’éloigne inexplicablement de Paul qui ne parvient pas à la retenir. Pour évoquer le roman de Moravia, Godard, à son humour pince-sans-rire, disait : « C’est un vulgaire et joli roman de gare, plein de sentiments classiques et désuets, en dépit de la modernité des situations. Mais, c’est avec ce genre de roman que l’on tourne souvent de beaux films. » Godard, on s’en doute, a gentiment pris ses distances avec la prose de Moravia.  

Et ce lifting va se bâtir principalement autour d’un corps. Une présence flagrante qui va envahir le cadre, le submerger de son évidente beauté. Cet oiseau « rare », c’est Brigitte Bardot. Dans les années 60, B.B est la femme la plus photographiée du monde, emblème d’une jeunesse libre et vivante dans une société conservatrice. La beauté puissante de Bardot, où le naturel efface toute tentative de sophistication, sa moue faussement boudeuse où se mêlent distance juvénile et maîtrise absolue des sentiments, fascine autant qu’elle dérange. Simone de Beauvoir synthétisera en quelques mots ce tempérament évanescent : « Le désir et le plaisir sont pour elle plus convaincants que les préceptes et les conventions (…) Elle fait ce qui lui plaît, et c’est cela qui est troublant. »

Or en 1964, ce qui lui plaît, c’est de tourner avec Jean-Luc Godard. Elle a lu le roman de Moravia et fait savoir au cinéaste qu’elle veut bien être sa Camille. L’intéressé a pourtant en tête un fac-à-face entre Kim Novak et Frank Sinatra, soit la Carlotta de Vertigo repoussant l’étreinte de L’homme au bras d’or ! C’est que, pour la première fois de sa carrière, débutée quelques années plus tôt avec le film manifeste de la Nouvelle Vague, A bout de souffle, Godard a la possibilité de tourner une production avec un budget confortable.

Cofinancé par la France, l’Italie et… Hollywood, Le mépris, c’est un peu le rêve « bigger than life » qui se concrétise pour l’ancien critique des Cahiers du Cinéma. Bardot à bord, et c’est soudain tous les feux qui passent au vert. Le cinéaste ne renonce pas pour autant à son casting international : Jack Palance, le colosse au visage d’Indien taillé à la serpe, sera le producteur Jeremy Prokosch, l’Italienne Giorga Moll, son assistante. Quant au cinéaste allemand exilé à Hollywood, Fritz Lang, il jouera donc… Fritz Lang. Face à Brigitte Bardot, Godard choisit « l’admirable » Michel Piccoli, encore peu connu du grand public, à qui il donne comme unique indication pour camper Paul, l’amoureux éconduit : « C’est un personnage de Marienbad qui veut jouer le rôle d’un personnage de Rio Bravo. » Le parallèle entre le film expérimental, volontairement statique d’Alain Resnais et le chef-d’œuvre d’Howard Hawks, symbole de l’âge d’or du western hollywoodien, décrit assez bien les intentions de Godard. Si le cinéaste-cinéphile veut présenter au public une belle pièce en CinémaScope avec toute la grandeur que cela suppose, il ne renoncera pas à ses préoccupations d’auteur, et notamment à son montage tout en rupture ou encore sa façon de déstructurer l’image et le son… Le tournage du Mépris se déroulera sans heurt à l’abri du regard indiscret des producteurs américains tenus soigneusement à distance et des paparazzi traquant sans relâche Bardot.

Les prises de vues débutent le 22 avril 1963 à Rome. Entre la star et son réalisateur, c’est l’entente cordiale, à défaut d’être passionnée. Michel Piccoli fait office de trait d’union entre les deux parties. « Bardot, ce n’est pas la peine d’essayer de la faire jouer comme Natalie Wood ou Simone Signoret, explique alors le cinéaste. Il faut la prendre comme elle est et essayer de garder d’elle ce qu’elle a de bien, de le rendre vrai et plausible. » De son côté, Fritz Lang, le « dinosaure », admire le travail de « bébé » Godard. Pour Jack Palance, en revanche, c’est plus compliqué. L’acteur américain se plaint de la petitesse de ses dialogues et de l’attitude désinvolte de sa partenaire de jeu. Godard arrive toutefois au bout de son épopée – du moins le croit-il ! – le 8 juillet 1964. Il rend sa copie quelques semaines plus tard. Outre-Atlantique c’est la consternation : « Mais qu’est-ce que c’est que cette histoire d’amour où l’on ne comprend rien aux sentiments qui animent les personnages ? Pourquoi engager Bardot, s’il n’y a aucune scène sexy avec elle ? » L’actrice n’est pas non plus contente du résultat. Et le film, qui devait faire l’évènement du festival de Venise, retourne illico en salle de montage.

Les Etats-Unis ont envoyé des cow-boys pour veiller au grain. Il est convenu d’ajouter des séquences, et notamment une scène de lit avec B.B. Godard écrit dans la foulée la fameuse ouverture qui appartient aujourd’hui à la mémoire collective : « Et mes seins, tu les aimes mes seins ? Et mes fesses, tu les aimes mes fesses ?... » Georges Delerue compose une musique au lyrique assumé dont la mélancolie semble sortir tout droit « de la souffrance des personnages. », dixit Michel Piccoli. Ultime combat, Godard devra affronter la censure qui interdit en France le film aux moins de 18 ans et le mutilera aux Etats-Unis et en Italie. Heureusement, le temps a effacé les cicatrices. Le mépris est bien cette grande œuvre crépusculaire qui parle « totalement », « tendrement », « tragiquement » de cinéma et de passion amoureuse, dans lequel la mise en scène – à l’image de la magnifique séquence dans l’appartement romain – est au diapason du mystère de l’existence.  En cela, l’axiome énoncé par le cinéaste ne souffre d’aucune discussion : « Le mépris prouve en 149 plans que, dans le cinéma comme dans la vie, il n’y a rien de secret, rien à élucider, il n’y a qu’à vivre- et à filmer. »