15 mars 2026

Il y a 34 ans, Clint Eastwood se montrait critique à l'égard du western La Horde sauvage

La Horde sauvage, réalisé par Sam Peckinpah en 1969, est souvent considéré comme une œuvre majeure du western, un film fondateur qui a marqué son époque. Pourtant, malgré sa place dans le panthéon du genre, Clint Eastwood n’en était pas un admirateur.

En 1992, dans une interview accordée au Los Angeles Times (via SlashFilm), il confiait : “C’était un bon film, mais je n’ai jamais été fan de la technique du ralenti, de ce ballet de violence.” Pour l’acteur, le film restait “très efficace” pour rappeler au public la brutalité de la violence et de la mort, mais il n’a jamais su apprécier cette approche. “Je ne l’ai jamais aimé”, ajouta-t-il, soulignant sa préférence pour le suspense qui précède l’action plutôt que l’action elle-même : “J’ai toujours pensé que le drame réside dans l’anticipation qui précède l’action, dans la montée en tension, et que l’action elle-même est comme un jeu de cartes qui se mélange si vite qu’il en est presque irréel.”

Malgré son statut de figure cinématographique progressiste à l’époque, Eastwood était encore suffisamment attaché aux traditions pour être rebuté par La Horde sauvage et sa fin notoirement macabre. Ce “ballet de violence” intense et stylisé ne correspondait pas à sa vision du western, où l’anticipation et la tension dramatique priment sur le spectacle brut – un avis partagé par John Wayne d’ailleurs.

Avant les années 1960, les westerns représentaient le Far West de façon assez simpliste : le bien affrontait le mal dans un monde largement mythifié. Ce n’est qu’avec Clint Eastwood, incarnant l’Homme sans nom dans la “Trilogie du dollar” de Sergio Leone, que le genre a commencé à adopter un ton plus sombre et complexe. Cependant, il ne fut pas le premier à revisiter ces mythes. Comme le rappelle SlashFilm, des films comme La Flèche brisée (1950) proposaient une perspective révisionniste sur les peuples autochtones, tandis que Le Train sifflera trois fois (1952) critiquait le maccarthysme. Même John Wayne, figure emblématique du western classique, avait abordé des thèmes plus sombres dans Westward Ho (1935). Malgré ces précédents, Clint Eastwood est devenu, dans la seconde moitié du XXe siècle, le visage le plus reconnu du western révisionniste.

Il aurait été logique de penser que l’acteur applaudirait La Horde sauvage. Le film de Sam Peckinpah, emblématique du western révisionniste, montrait un Far West brutal et impitoyable, avec des scènes de violence explicite, contrastant fortement avec l’image idéalisée des cowboys classiques. Pourtant, Eastwood resta froid face à cette œuvre. Alors que John Wayne, un an plus tôt, avait été critiqué par Roger Ebert pour avoir minimisé les horreurs de la guerre du Vietnam dans Les Bérets verts (1968), Peckinpah choisissait de confronter le spectateur à une violence crue, reflétant l’horreur latente de l’époque.

Ironiquement, au moment de son interview, Clint Eastwood faisait la promotion d’un autre western révisionniste, Impitoyable (1992), qui explorait la brutalité et les traumatismes laissés par la conquête de l’Ouest. William Munny, incarné par l’acteur-réalisateur en personne, est un hors-la-loi hanté par son passé violent. Après avoir infligé des souffrances à de nombreuses personnes, il tente de mener une vie paisible avant d’être entraîné à nouveau dans la violence pour venger l’injustice faite à une prostituée. Le film partage avec La Horde sauvage une volonté de déconstruire le mythe du hors-la-loi et de montrer les conséquences de la violence, mais dans son film, Eastwood préfère que l’accent soit mis sur les répercussions plutôt que sur le spectacle de la brutalité.

Il semble donc que ce qui a rebuté Clint Eastwood ait été l’omniprésence de ce “ballet de violence” qui, selon lui, pouvait paraître presque irréel et détaché de la tension dramatique qu’il valorise. Les personnages de Sam Peckinpah étaient également plus insensibles que l’Homme sans nom, ce qui a pu contribuer à son désintérêt. Enfin, une part de frustration personnelle a pu peut-être s’y mêler : tandis que Peckinpah réalisait un chef-d’œuvre, Eastwood lui, tournait La Kermesse de l’Ouest, un film qu’il regrette encore aujourd’hui.

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