17 janvier 2025

Taylor Swift invite ses millions de fans à donner aux associations aidant les victimes des incendies de Los Angeles

Taylor Swift s’est jointe aux célébrités ayant fait part de leur tristesse et de leurs actions à l’égard des sinistrés des incendies de Los Angeles, qui persistent la région depuis la semaine dernière. La chanteuse a partagé dans ses Stories Instagram un message de sensibilisation à l’adresse de ses fans.

« Les incendies en Californie ont dévasté beaucoup de familles, et les histoires qui en résultent sont bouleversantes. Tant de souffrances, de pertes et de destructions », a-t-elle déploré dans son message en noir et blanc. « Alors que de nombreuses personnes traversent l’une des périodes les plus difficiles de leur vie, un grand nombre d’associations et de groupes extraordinaires s’unissent pour aider ces communautés à se reconstruire ».

La star de 35 ans a ensuite invité ses plus de 282 millions de followers sur Instagram à participer à l’élan de solidarité envers les personnes affectées par les feux s’ils le pouvaient. Soucieuse de les orienter dans cette manœuvre, Taylor Swift a déroulé la liste des groupes qu’elle avait approchés. « Voici les associations à qui j’ai fait des dons, si vous souhaitez et êtes capable de faire un don, n’hésitez pas », a-t-elle indiqué, avant de nommer 11 groupes parmi lesquels figurent des organisations humanitaires œuvrant pour les urgences, pompiers, l’éducation, la musique et l’environnement.

Les incendies dans la région californienne ont détruit à ce stade plus de 12.000 bâtiments et véhicules, et déjà fait 27 morts depuis le 7 janvier. Des dizaines de milliers de familles sont encore soumises aux ordres d’évacuation le temps que les pompiers sécurisent la zone de leurs habitations, selon le Los Angeles County. Plusieurs stars ont perdu leur maison, comme Paris Hilton, Jamie Lee Curtis, Mel Gibson, Laeticia Hallyday et Patrick Bruel.

De nombreuses autres célébrités ont fait preuve de solidarité en se joignant aux volontaires auprès des premiers intervenants, comme le rappeur The Game ou la star des Foo Fighters Dave Grohl, ou encore à avoir mis la main à la poche pour les communautés dans le besoin, à l’instar de Beyoncé ou Jennifer Lopez. Un grand concert de charité a aussi été organisé pour la semaine prochaine avec des dizaines de grands noms de la scène américaine qui ont rapidement répondu à l’appel l’organisation Fire Aid.

Isabella Rossellini pleure David Lynch : "Je l'aimais tellement"

Il lui a offert ses plus beaux rôles. Et ensemble, ils ont partagé un bout de leur vie devant et derrière la caméra. Isabella Rossellini a rendu un touchant hommage à David Lynch, décédé jeudi à l’âge de 78 ans.

L’actrice italienne a été révélée à Hollywood en 1986 avec Blue Velvet. Elle a ensuite entretenu une relation d’environ cinq ans avec le réalisateur. Et aujourd'hui, elle poste cette photo d’eux ensemble avec ce simple message d'amour: "Je l’aimais tellement. Merci pour tous vos gentils messages."

Selon la légende, Lynch et Rossellini se sont rencontrés pour la première fois lors des auditions de Blue Velvet. Il lui aurait dit : "Hé, tu sais, tu pourrais être la fille d’Ingrid Bergman !" Sans savoir que c'était le cas. Elle a finalement été choisie pour incarner Dorothy Vallens.

Après Blue Velvet, Isabella Rossellini est apparue dans Sailor et Lula en 1990, Palme d’or au Festival de Cannes. Leur dernière collaboration, juste avant leur rupture à la ville.

Décès de Joan Plowright, veuve de Laurence Olivier et grande dame du théâtre et du cinéma, à 95 ans

L'actrice britannique Joan Plowright, grande dame du théâtre et du cinéma aux deux Golden Globes e, est décédée jeudi à l'âge de 95 ans, a annoncé vendredi sa famille. « Elle s'est éteinte paisiblement (...) entourée de ses proches », ont indiqué ceux-ci dans un communiqué. « Sa brillante carrière restera dans les mémoires de nombreuses personnes et ses enfants, Richard, Tamsin et Julie-Kate, leurs familles, ainsi que ses nombreux amis la chériront toujours », ont-ils ajouté.

Née en 1929 dans le nord de l'Angleterre, Joan Plowright a été l'une des comédiennes les plus populaires de sa génération. Veuve de Laurence Olivier, avec qui elle a eu deux filles et un fils en trente ans de vie commune, sa carrière commence sur les planches dans les années 1950. Elle connaît ses premiers succès avec Les Chaises d'Eugène Ionesco ou encore La Paix du dimanche du Britannique John Osborne. 

Le succès l'accompagne également au cinéma. Son interprétation dans le biopic Staline ainsi que dans la comédie Avril enchanté lui valent deux Golden Globes. L'Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle lui échappe de peu en 1993, là encore pour son rôle dans Avril enchanté, comédie romantique réalisée en 1991 par Mike Newell, à qui l’on doit notamment Quatre mariages et un enterrement ou Donnie Brasco. 

En 2001, elle publie son autobiographie, And That's Not All: The Memoirs of Joan Plowright. Le grand public se souvient d’elle en tant que « Nanny » dans Les 101 dalmatiens ou dans le rôle de Tante Lucinda dans Les Chroniques de Spiderwick, le tout dernier long métrage, en 2008, de la comédienne qui a mis fin à sa carrière en 2014 après avoir perdu la vue.

Stephen King demande à ce que les Oscars 2025 soient annulés en raison des incendies

Malgré les incendies qui continuent de ravager la région de Los Angeles, détruisant des centaines de maisons et faisant 25 morts, la 97e cérémonie des Oscars devrait bien avoir lieu début mars, comme prévu. L'Academy a a adapté ses règles et son calendrier, pour permettre aux votants d'avoir plus de temps pour choisir les nommés. Mais Stephen King, lui, ne votera pas. L'écrivain, dont les livres ont souvent été adaptés avec succès au cinéma, souhaite que l'événement soit purement et simplement annulé. Il écrit sur ses réseaux :

"Je ne vote pas pour les Oscars cette année. Parce qu'à mon avis, ils devraient les annuler. Pas de faste avec Los Angeles en feu."

Un appel qui fait beaucoup réagir des membres de l'industrie, et qui trouve un écho auprès de Jean Smart, lauréate des Golden Globes cette année, qui estime de son côté, sur son compte Instagram, qu’Hollywood devait au moins renoncer à la diffusion des Oscars à la télévision :

"Avec tout le respect que je leur dois, pendant la saison des célébrations à Hollywood, j’espère que toutes les chaînes qui diffuseront les prochaines cérémonies de récompenses envisageront sérieusement de NE PAS les diffuser et de faire don des revenus qu’elles auraient générés aux victimes des incendies et aux pompiers."

Le réalisateur Jeannot Szwarc est mort à l'âge de 85 ans

Il aura eu une carrière hors-normes. Jeannot Szwarc, réalisateur français installé à Hollywood depuis les années 1960, est décédé ce mercredi. Il avait 85 ans.

Jane Seymour, qui a joué Elise McKenna dans Quelque part dans le temps (en 1980), a confirmé la nouvelle sur ses réseaux :

"Aujourd’hui, nous disons au revoir à un véritable visionnaire. Jeannot Szwarc n’était pas seulement un réalisateur brillant, mais une âme gentille et généreuse. Il nous a offert de nombreuses histoires intemporelles, dont Quelque part dans le temps, un film qui a changé ma vie pour toujours. Que sa mémoire soit une bénédiction et que son art vive dans nos cœurs".

Né à Paris, Jeannot Szwarc a grandi en Argentine et a entrepris de brillantes études avant de se lancer dans la réalisation. Il fait d'abord HEC, puis part à Harvard, où il décroche un master en sciences-politique. Mais dans les années 1960, il se prend de passion pour la caméra et commence à diriger pour la télévision. Il filme d'abord Raymond Burr dans L'Homme de fer et se fait une place dans les studios, comme réalisateur de série, s'offrant même son épisode de Columbo avec Martin Sheen en vedette (en 1973).

Son premier film, Extrême Close-up (1973), ne recontre pas un grand succès, mais Univeral lui confie la suite des Dents de la mer, toujours avec Roy Scheider (1978), qui totalisera 208 millions de dollars dans le monde. Dans la foulée, il dirige Quelque part dans le temps (1980), réunissant Christopher Reeve et Jane Seymour dans ce grand film fantastique romantique. Puis il dirige Helen Slater et Faye Dunaway dans Supergirl (1984), le film dérivé du Superman (de Christopher Reeve).

Dans les années 1990, Jeannot Szwarc, retrouve la France. Il dirige trois comédies dont La Vengeance d'une blonde (1994), portée par Christian Clavier et Marie-Anne Chazel. Le film totalisé plus de 2 millions d'entrées et Szwarc enchaîne avec Hercule et Sherlock (1996), porté par le duo Christophe Lambert et Richard Anconina. Là encore, c'est un succès avec près d'1 million de spectateurs. Le réalisateur enchaîne avec Les Sœurs Soleil. Mais cette fois, Marie-Anne Chazel et Clémentine Célarié font moins de 300 000 entrées. C'est la fin de la carrière française de Jeannot Szwarc.

Il repart alors à Hollywood et s'investit à nouveau dans le petit écran. Prenant en marche le train du boom des séries télé, il dirige JAG, Ally McBeal, Les Experts, Fringe, Smallville, Heroes et surtout Grey's Anatomy, dans les années 2010, dont il a réalisé une quinzaine d'épisodes. Et c'est avec un épisode de la saison 14, joliment intitulé "La Fin d'un rêve" (2018) qu'il avait fini sa carrière.

Elephant Man, la monstrueuse parade de Lynch

« Dans dix ans, Des gens comme les autres sera au mieux une réponse au Trivial Pursuit. Alors qu' Elephant Man restera un film à voir. », lance Mel Brooks après la cérémonie des Oscars de 1981 qui a vu le long-métrage de Robert Redford coiffer au poteau celui de son jeune poulain. Près de 40 ans plus tard, on ne peut évidemment pas lui donner tort, sachant, qu’outre Elephant Man, il y avait également dans la course au titre : Tess de Polanski et Raging Bull de Scorsese. Qu’importe, David Lynch, à peine sorti des recoins sombres de son petit hangar où il manipulait à sa guise des créatures cauchemardesques (Eraserhead…), s’est ainsi retrouvé en costard à tailler le bout de gras avec les huiles hollywoodiennes.

Car Elephant Man est certes un film étrange et personnel mais fabriqué dans un moule mainstream (distribué par la Paramount aux Etats-Unis, la Columbia en Angleterre) et chapeauté par Mel Brooks dont la folie et les extravagances artistiques savent rester au service d’une logique industrielle. Brooksfilms produit donc Elephant Man puis plus tard La mouche de Cronenberg permettant aussi au canadien d’affirmer sa singularité au plus grand nombre.

David Lynch a 34 ans quand il tutoie les lauriers des Oscars. Dans le livre d’entretiens avec Chris Rodley (Cahiers du cinéma), le cinéaste se souvient avec détachement et amusement de cette soirée où sur la scène il est présenté comme « un jeune metteur en scène britannique », lui le petit gars du Montana. « Je savais que ça n’avait rien à voir avec moi. Je faisais la même chose qu’avant. C’est là qu’on réalise que ce qui arrive à un film ne dépend absolument pas de soi. »

Elephant Man raconte un peu cette histoire-là, celle d’une créature étrange exhibée à la bonne société victorienne qui en fera une sorte de trophée avec toute la condescendance des privilégiés. Les « malformations » de Lynch surgissent, elles, dès les premières minutes du film avec ce portrait en médaillon d’une belle jeune femme (une Laura Palmer avant l’heure ?) sur lequel se superpose des images floues d’éléphants en furie remplissant l’écran de leurs barrissements affolés.

Ce monde, c’est l’inconscient du héros donc du film en son entier. Ces éclairs de lucidité heurtés apparaîtront à plusieurs endroits. Lors de projections tests, les pontes de la Paramount voulaient supprimer tout ça au nom d’une linéarité souveraine. Mel Brooks tel le Docteur Treves (Anthony Hopkins) réussira à faire taire les sceptiques. Plus de quarante ans plus tard, de telles largesses semblent impensables dans un monde marvelisé où les monstres ont été depuis longtemps domestiqués.

Elephant Man est un film charnière dans l’histoire du cinéma, de ces œuvres qui tiennent à la fois compte d’un héritage et envoient les signaux du futur. Lynch regarde Tod Browning et Friedrich W. Murnau tout en montrant la voie aux frères Quay, à Tim Burton ou Guillermo del Toro. Elephant Man est ainsi enveloppé d’un noir et blanc magnétique et intemporel signé du génial chef op et réalisateur britannique Freddie Francis.

L’hommage dans la dernière partie à La monstrueuse parade est particulièrement émouvante. Lors d’une nuit de pleine lune, les Freaks du cirque libèrent John Merrick de son tortionnaire et lui offrent une liberté dont on se demande s’il saura quoi en faire. Après Elephant Man, Lynch va encore grossir et se voir offrir des ponts d’or. Ce sera la superproduction Dune sur laquelle il va se fracasser. A la fin d’Elephant Man, du haut de sa loge, Merrick se lève devant un parterre de bourgeois qui l’applaudissent à tout rompre. Il se retrouve aussitôt, seul dans sa chambre où il meurt soulagé de ses blessures.

Lynch, lui, va retourner dans son hangar jouer en secret avec ses nouveaux monstres (Blue Velvet puis Twin Peaks…) Pour les 40 ans du film, en 2020, Studiocanal proposait une nouvelle copie entièrement restaurée image et son. Sublime, forcément sublime.    

Une nouvelle bande-annonce terrifiante pour The Monkey, adapté de Stephen King

L'année 2025 sera riche en Stephen King. Il y aura le remake de Running Man d'Edgar Wright, il y aura The Life of Chuck par Mike Flanagan et aussi The Long Walk par Francis Lawrence. Et ça commencera par The Monkey, adaptation signée Osgood Perkins (réalisateur de Longlegs) basée sur une nouvelle du maître de l'horreur. 

Au casting, on retrouvera Theo James, star de The Gentlemen (la série Netflix) et Elijah Wood (star du Seigneur des Anneaux).

Dans le film, on suivra les frères jumeaux Bill et Hall (qui seront tous deux interprétés par James), qui trouveront le vieux jouet en argent de leur père dans le grenier de la maison de leur enfance. "Mais alors qu'une vague de morts horribles débute, les frères décident de jeter le singe et de continuer leur vie, s’éloignant au fil des ans. Puis les morts mystérieuses recommencent et les frères doivent se réunir pour trouver un moyen de détruire le singe pour de bon..."

The Monkey sera réalisé par Osgood Perkins, à qui l'on doit récemment Longlegs, avec Nicolas Cage. Tatiana Maslany (She-Hulk) sera aussi au casting. James Wan, créateur de l'univers Conjuring et co-créateur des franchises Saw et Insidious, sera producteur.

The Monkey sortira en salles le 19 février 2025.

Naomi Watts écrit avoir le “coeur brisé” suite au décès de David Lynch

C’est au début des années 2000 qu’on découvre à l’écran Naomi Watts dans le personnage de Betty Elms, une jeune femme rêvant d’être actrice, aux côtés de l'envoûtante Laura Harring, interprétant une amnésique. Encore aujourd’hui, Mulholland Drive de David Lynch figure parmi les grands classiques du cinéma, laissant derrière lui un voile mystérieux dont peu ont la clé. 

Suite au décès de celui qui a su la révéler, l’actrice britannique s’est exprimée par un post Instagram bouleversant : “Mon cœur est brisé”, écrit-elle. “Le monde ne sera plus pareil sans lui”.  Elle revient notamment sur sa rencontre avec Lynch : “Je me suis assise devant un homme curieux, rayonnant de lumière, me prononçant des mots d'une autre époque, me faisant rire et me mettant à l'aise. Comment a-t-il pu me « voir » alors que j’étais si bien cachée et que je m’étais moi-même perdue ?!”. 

En 2017, lorsque David Lynch décide de réaliser la troisième saison de Twin Peaks, intitulée The Return, il refera appel à ses talents pour interpréter Jane-E Jones, la femme de Dougie (réincarné en Dale Cooper).   

Décédé hier à l’âge de 78 ans, le maître du rêve laisse un impact considérable sur les personnes qui ont eu la chance de croiser son chemin. “Je n'arrive tout simplement pas à croire qu'il soit parti. Je suis en morceaux mais éternellement reconnaissante pour notre amitié”, conclut Naomi Watts en signant par le surnom affectif que lui donnait le réalisateur, “buttercup”. 

Steven Spielberg rend hommage à David Lynch, le "visionnaire"

Steven Spielberg lui aura offert son dernier geste de cinéma. Dans The Fabelmans, film autobiographique où il racontait son enfance et comment il était tombé amoureux du 7e art, Spielby était allé sortir David Lynch de sa retraite pour incarner John Ford dans une scène rendue encore plus mythique par la disparition du réalisateur de Mulholland Drive. 

Après avoir tenté de contacter Lynch via son agent, sans succès, Spielberg était passé par Laura Dern, qui a travaillé avec les deux cinéastes (sur Jurassic Park et Sailor et Lula) et l’a convaincu de faire le test. 

 "Au départ, je ne voulais pas le faire", racontait Lynch, qui avait donc finalement accepté, quelques mois après la sortie du film. "Je suis certain que John Ford avait des tas de conseils à donner à de jeunes réalisateurs. Steven a choisi cet exemple de la ligne d'horizon. Pour lequel il avait raison. Filmer la ligne d'horizon au milieu, c'est chiant comme la pluie."

Aujourd’hui, David Lynch n’est plus parmi pour nous. Et Spielberg n’a pas tardé à publier un communiqué (via Variety) pour rendre hommage à l’immense réalisateur, dont on a appris le décès ce jeudi à l’âge de 78 ans. 

"J’adorais les films de David. Blue Velvet, Mulholland Drive et Elephant Man l’ont défini comme rêveur singulier et visionnaire qui réalisait des films qui semblaient être faits à la main. J’ai pu faire la connaissance de David quand il a joué John Ford dans The Fabelmans. Voici qu’un de mes héros, David Lynch, jouait un des mes héros. C’était surréaliste et ça ressemblait à une scène tirée d’un film de David. Son style si original et unique va manquer au monde. Ses films ont déjà passé l’épreuve du temps, et ils continueront à le faire." 

David Lynch laisse un grand vide, et comme Spielberg la rédaction de Première est inconsolable. 

Dans les coulisses de Blue Velvet, premier chef-d'oeuvre de David Lynch

1986. Un film noir portant le titre d'une chanson américaine 50s crée le scandale par sa représentation de la violence sadomasochiste : Blue Velvet, d'un certain David Lynch. L'homme est connu et jouit d'une notoriété ambiguë, avec une filmographie oscillant entre l'expérimental décadent (Eraserhead, 1977) et les tentatives grand public, connaissant tantôt le succès (Elephant man, 1980) tantôt l'échec critique et commercial (Dune, 1984). Comment faire confiance à ce drôle de réalisateur au tempérament de plasticien qui déroute par son goût de l'étrange et son aptitude à travailler de l'intérieur des genres extrêmement codés, du mélodrame forain en costumes d'époque à la science-fiction épique ?

Le scénario de Blue Velvet, dont la version primitive remonte à la fin des années 70, cherche preneur auprès des studios hollywoodiens, qui tous refusent. Ce qui grippe : la violence érotique et la minceur apparente de la trame narrative – une enquête horrifique sur un réseau criminel dirigé par un psychopathe, sur fond de fascination pour une chanteuse de club mi-femme fatale mi-femme battue. Rien de bien convenable pour l'Amérique puritaine prête à admirer sur grand écran des femmes sublimes et vénéneuses, mais pas à les voir se prendre des gifles en gloussant de plaisir, le sang aux commissures des lèvres, comme dans un vulgaire giallo...

C'est le producteur italien Dino de Laurentiis, fils d'un industriel des pâtes alimentaires marié à la divine Silvana Magano, qui dira banco au film, parallèlement à la production d'un thriller colossal, Manhunter, de Michael Mann, qui sort la même année. Pour Lynch, les conditions sont risquées mais intéressantes : un budget serré de six millions de dollars et le final cut...

Exactement ce qu'il faut au réalisateur pour donner libre cours à son génie créateur en convoquant tous les ingrédients de ses chefs-d'œuvre futurs – des héros chastes happés par un arrière-monde putride, le sens de l'insolite, le goût du difforme, les décors baroques, les rideaux oniriques, la somptueuse photographie de Frederick Elmes et la musique inquiétante du maître Angelo Badalamenti.

Blue Velvet marque un tournant dans la carrière de Lynch, qui fut nominé à l'Oscar du meilleur réalisateur en 1987. C'est assurément la matrice formelle de ses plus beaux cauchemars. Le film n'a pas pris une ride et dégage toujours une même force hypnotique. En deçà de la charge sexuelle qui a tant défrayé la chronique lors de sa sortie, engendrant une réception critique mitigée aux Etats-Unis, coule pour la première fois de manière aussi évidente la matière noire de son cinéma : l'appel du Mal, cet obscur objet du désir, tapi derrière l'ordre apparent d'une Amérique propre sur elle, heureuse et immuable comme un paradis pavillonnaire sous le règne du président-acteur Ronald Reagan.

La lecture rétrospective du scénario définitif de Blue Velvet est émouvante. Plan, scène, réplique, tout est parfaitement pensé, préparé, écrit. Pour mémoire : de retour au bercail à Lumberton, un patelin de Caroline du Nord, après l'accident cardio-vasculaire de son père, Jeffrey Beaumont, un étudiant BCBG, découvre une oreille humaine dans un champ alors qu'il revient d'une visite à l'hôpital.

Comme il est honnête et que cela semble tout à fait logique, il apporte gentiment sa découverte à la police et confie l'organe contenu dans un simple sac en papier à l'inspecteur John Williams, qui le constate à son tour avec beaucoup d'à-propos : oui, il s'agit bien d'une oreille humaine... Un soir, Jeffrey lui rend visite puis fait la rencontre dans les ténèbres de la nuit d'une jolie blonde vêtue de rose, Sandy, la fille de l'inspecteur. Elle crée le contact. C'est bien lui qui a trouvé l'oreille ?

Elle-même a entendu son père citer le nom d'une chanteuse peut-être en lien avec l'affaire, Dorothy Vallens... L'enquête parallèle est lancée par ce couple virginal né dans la nuit. Il y avait la tête dans Eraserhead, il y aura l'oreille dans Blue Velvet : un organe sectionné qui va servir de conduit, auditif et visuel, entre le monde apparent et le monde caché, entre le monde visible et le monde noir de la cruauté humaine.

L'appendice ainsi autonomisé et littéralement monstrueux est un motif décadent. Une bizarrerie fin-de-siècle qui surgit de manière incongrue dans un cadre champêtre, sous un ciel éternellement bleu. Un fragment monstrueux – peut-être le plus célèbre de l'histoire du cinéma avec le phallus de L'Empire des sens –, qui nous invite à pénétrer l'orifice d'un monde étrange – a very strange world. 

Les personnages de ce conte cruel sont incarnés par des acteurs qui ne sont pas des premiers choix. De l'échec ou plus précisément du déplacement des intentions premières de Lynch s'opère une sorte de petit miracle. Dans le rôle de Jeffrey Beaumont, l'inspecteur sans mandat à peine sorti de la puberté, s'impose Kyle MacLachlan à la place de Val Kilmer, ce qui n'allait pas de soi après la déception de Dune. Il est parfait dans la catégorie gentil garçon inoffensif, sorte d'idéal du moi de Lynch en premier communiant à qui on donnerait le bon Dieu sans confession, et nous déboussole lorsqu'il se met à son tour à tabasser la chanteuse Dorothy Vallens qui l'en supplie.

Elle, c'est Isabella Rossellini, la fille de – Roberto Rossellini et Ingrid Bergman – qui accepte le rôle après le refus de Hanna Schygulla. À l'époque, on la voit uniquement dans le mannequinat et des publicités pour les cosmétiques. Lynch offre à sa carrière une révolution à 180 degrés en la magnifiant en femme fatale brune, chanteuse mélancolique au corps marqué sous l'emprise du cinglé qui a kidnappé son fils et son mari, lui zappant une oreille au passage.

Comment oublier Dorothy chantant « Blue Velvet » dans l'ambiance jazzy du slow club ? « She wore blue velvet / Bluer than velvet was the night / Softer than satin was the light / From the stars…»  Comment oublier Dorothy chez elle, tantôt matée par Jeffrey, tantôt battue par le psychopathe Frank dans son appartement-décor, véritable « hall de gare », soumise à la loi des hommes ? Comment oublier Dorothy surgissant nue du jardin de Jeffrey – la réminiscence fictionnée d'un épisode réel de la vie de Lynch enfant – alors que celui-ci se fait embrouiller par le petit ami de Sandy ?

Le monde de la pub ne pardonnera pas ce rôle à Isabella Rossellini. Sois belle et tais-toi. Sois belle et ne chante pas. Sois belle et ne dis pas : frappe-moi encore. Son contrepoint blond s'appelle Laura Dern. Une parfaite inconnue qui incarnera le rôle de Sandy Williams, la fille de l'inspecteur aux airs de majorette vierge, et qui n'est même pas un deuxième choix, n'arrivant qu'après une cascade de refus. Bonne pioche, elle est sublime d'innocence sucrée, romantique et ingénue jusqu'au nunuche. Au terme d'une enquête lugubre, elle rétablira délicieusement l'ordre des choses : « Je te pardonne Jeffrey, je t'aime. »

Quant à la bête humaine du film, elle s'appelle Dennis Hopper, le magnifique Dennis de Easy Rider, ici en homme mûr gavé d'adrénaline et de lubricité. Lui, alors au fond du trou, a foncé sur le rôle dont personne ne voulait. Il est ici divin et réunit en lui tous les affreux de la Création – le satyre, le toxico, le meurtrier, la petite frappe de province, le fils indigne flairant en pleurnichant la chatte-à-maman, le maniaque pansexuel. « J'ai envie de baiser tout ce qui bouge », nous confie-t-il avec franchise lors d'une nuit de folie dans le cabaret de son pote dégénéré Ben (Dean Stockwell).

Ah, qu'on l'aime ce ménage à quatre ! Les comédiens recevront tous des prix pour leur extraordinaire partition (Dennis Hopper, nominé aux Golden Globes pour le meilleur second rôle et primé par la National Society of Film Critics, Isabella Rossellini, Independent Spirit Award de la meilleure actrice aux côtés de Laura Dern, nominée). Sauf, curieusement, Kyle MacLachlan.

Ce qui unit souterrainement ces personnages, c'est qu'ils sont tous fondamentalement voyeurs. Pour Jeffrey, qui mène l'enquête, c'est évident. Il en fait l'aveu le plus simplement du monde à Dorothy Vallens qui l'a découvert planqué dans son placard : « J'ai pris votre clé. Je voulais vous regarder, c'est tout. » Sandy, assise dans le cabriolet rouge à sellerie blanche de son futur boyfriend, avant qu'il ne visite pour une deuxième fois l'appartement de Dorothy, le lui fait également remarquer : « Je ne sais pas si tu es un détective ou un pervers - C'est à toi de le découvrir », lui répond le joli brun sous forme de défi, en l'occurrence une invitation à le regarder agir.

Mais Sandy n'est pas en reste. Si ses yeux ne traînent pas, ses oreilles sont actives. Tout d'abord, elle écoute ce que peut bien dire son père dans son bureau situé à l'étage en dessous de sa chambre. Ensuite, plus subtilement, elle passe son temps à jouir des récits que Jeffrey lui fait des avancées de sa trouble enquête, quitte à le déplorer. « Je n'aurais jamais dû t'en parler. »

Mais si elle ne lui en avait pas parlé, il n'y aurait pas eu d'histoire, donc pas de jouissance, donc pas de récit de la maltraitance dont Dorothy est l'objet. La chanteuse appartient quant à elle à la catégorie des masochistes, voyeuse d'elle-même et de son propre malheur, scrutatrice du désir de son jeune sauveur : « Tu veux faire des trucs vicieux ? »

Davantage qu'une drogue, ce mal lui a été inoculé par Frank, qui lui aurait tendance à contempler Maman. Tout d'abord au cabaret, les larmes aux yeux, essuyés par une étoffe bleue bien sûr. Puis au domicile de Dorothy, où il lui inflige des sévices tout en ordonnant qu'elle ne le regarde pas, sous peine de réprimandes violentes. On le verra ainsi, pathétique et fou à quelques centimètres du sexe de Dorothy, criant « maman » et inhalant névrotiquement son aide respiratoire en quête d'une régression radicale, « bébé veut du velours bleu ». 

Dans cet univers SM, chaque personnage se définit par rapport à son propre désir de violence, ou à sa propre intuition de la violence. Chacun a ainsi sa phrase récurrente, sa propre autodéfinition. Dorothy, désespérée, qui aimerait peut-être qu'on la tue mais qui ne peut pas mourir tant que son mari et son fils sont en vie, n'a qu'un mot à la bouche : « Frappe-moi ! » Frank attend d'être envahi par des forces obscures pour libérer sa rage : « ça y est, c'est la nuit ». Jeffrey découvre un autre monde, au cœur du nôtre : « C'est un monde étrange. » Sandy exprime une conscience naïve de la réalité du Mal : « J'ai fait un rêve. (…) Dans mon rêve, il y avait notre monde, et ce monde était sombre car il n'y avait pas de rouge-gorge. »

La scène du désir inavouable, de l'essence violente et cruelle de la libido humaine, est le salon de Dorothy. C'est là que se distribuent les plus beaux coups sur le visage et le corps de la chanteuse au bout du rouleau, que Lynch met en scène sans avoir peur d'en affronter la fragile et bouleversante nudité.

En 1986, Blue Velvet est un ovni, à la fois prolongement et rupture totale avec le film noir classique, dont il reprend le principe de l'intrigue parallèle et de l'ordre caché des choses. Film qui mélange romantisme et décadentisme en activant la force du sentiment et de la sensation – le générique du film s'ouvre ainsi en mode fétichiste sur une pièce de velours bleu en mouvement, sur fond de musique de film noir des années 40 – Blue Velvet a aussi retenu les leçons du cinéma d'Hitchcock, notamment celles de Psychose.

La charge psychique est ici totale, qui tend à minorer le prestige de l'action au profit de l'appréhension et de l'angoisse. Toute la palette chromatique de Lynch tend vers un assombrissement du monde. Un univers où grouillent les insectes, où les orifices sont sales comme le conduit de l'oreille sectionnée. Mais si le monde est autre, c'est aussi parce que les personnages se découvrent autres, à l'image de Jeffrey-le-pur se surprenant à frapper Dorothy. 

Lynch a également tiré les leçons de l'échec des premières moutures du scénario. Pour pallier l'écueil d'un film excessivement dérangeant, voire désagréable, il introduit des éléments comiques qui contrebalancent l'horreur et nous réjouissent comme des enfants admirant un camion rouge de pompiers américains. Ainsi, la constitution de couples cocasses et parodiques – les deux salariés noirs aveugles de la quincaillerie familiale et les deux tantes blondes – qui font baisser la pression et équilibrent les couples maléfiques du film – Dorothy et Frank, et aussi, de manière inattendue... Jeffrey et Frank. Lors de la scène où le psychopathe kidnappe le fouineur pour une virée violente en voiture, Frank ne lui dit-il pas, après l'avoir embrassé sur la bouche avec du rouge à lèvres devant sa bande de copains hilares : « T'es comme moi. » 

La bande-son de Blue Velvet est un chef-d'œuvre. C'est le cœur des personnages, le pouls même du récit. Elle fait également date parce qu'elle signe la première collaboration entre Angelo Badalamenti et David Lynch – Badalamenti que l'on voit fugitivement vêtu d'une veste bleue accompagner Dorothy Vallens au piano au Slow Club.

À l'époque, Lynch est fasciné par la musique du Russe Dmitri Chostakovitch (1906-1975), dont l'expressivité cinématographique, par son intensité mélodramatique, du subtil au quasi grotesque, du bizarre au grandiose hérité du romantisme de Gustav Mahler, entre en résonance avec son projet de film néo-noir. Badalamenti et ses nappes de synthé se voit alors prié de « faire russe » – entendre étrange, lancinant et puissant quand il le faut. L'anecdote est connue : David Lynch fait installer sur le tournage des enceintes qui diffusent en boucle la 15e symphonie du maître russe, histoire d'ambiancer les séances de travail....

L'attention portée à la musique est une autre manière de saisir l'esthétique de Lynch. Le thème principal de Badalamenti est magnifique, en parfaite osmose avec le genre noir. Comme un classique instantané. Lynch et Badalamenti : ces deux-là se sont trouvés. De nouveau le plaisir de l'oreille... qui se démultiplie tout au long du film grâce à l'utilisation du répertoire populaire américain.

Outre la chanson-titre « Blue Velvet » créée en 1950 par Bernie Wayne et Lee Morris et reprise par Bobby Vinton en 1963, le film voit le retour triomphal du crooner maudit Roy Orbison avec son hit « In Dreams ». Sa ritournelle fait mouche et devient le hit fantasmatique de Ben, le copain de Frank, qui se met en scène en play-back dans le cabaret où il retient prisonnier le mari et le fils de Dorothy Vallens : « A candy-colored clown they call the sandman / Tiptoes to my room every night / Just to sprinkle stardust and to whisper / Go to sleep, everything is alright. » Images inoubliables d'un show dégénéré où l'évocation du « clown caramel » n'est qu'une répétition générale avant le déferlement du Mal.

Leland Palmer, le père de Laura dans Twin Peaks dansant seul dans son salon, n'est pas loin. C'est le son immémorial de l'Amérique blanche – the good old days –, mais ce n'est plus qu'un un vernis sur la noirceur du réel. Son plus beau simulacre.

Le Mal est la grande question posée par Blue Velvet. Il affecte chaque personnage, circule comme une maladie, et s'inscrit subtilement dans un système mythologique et symbolique très vaste. Son approche par Lynch nous bouleverse car elle prend appui sur la profonde bonté des personnages principaux.

Eux (nous) ne sont que le résultat d'une déchéance et peuvent succomber à la Tentation maléfique : dans ce montage crypto-religieux, n'est-ce pas la jolie Sandy qui déclenche chez Jeffrey le désir de voir et de goûter au Mal en lui lâchant le nom de la chanteuse Dorothy Vallens, entendu dans la bouche de son père ?

Elle est Eve, il est un peu Adam. La scène centrale dans la voiture entre Sandy et Jeffrey nous éclaire. Au son des orgues, Jeffrey, les larmes aux yeux, s'étonne : « Pourquoi y a-t-il des gens comme Frank ? Pourquoi y a-t-il tant de problèmes dans ce monde ? »

La voiture est naturellement garée... devant une église. Comme une déclaration d'amour occulte où Sandy fait part de son rêve d'un monde déchu, sombre car sans rouge-gorge. L'oiseau est à sa manière le symbole du film. Son chant en ouvre discrètement l'espace sonore, en une sorte de félicité mensongère. Il l'achèvera.

Dernière scène du film : un rouge-gorge apparaît sur le rebord de la fenêtre de la cuisine. Il est magnifique et tient un insecte dans son bec avec une indifférente cruauté. Il est la Vérité du monde, une révélation. Sandy le constate en regardant amoureusement Jeffrey : « It's a strange world, isn’t it ? »