25 décembre 2025

Steven Spielberg raconte une savoureuse anecdote sur Stanley Kubrick

C'est en 1969, dans Harper's Bazaar, puis plus tard sous la forme d'une anthologie, que fut publié Supertoys Last All Summer Long du fameux romancier de SF Brian Aldiss. Une histoire futuriste dans laquelle un robot ayant l'apparence d'un enfant lutte pour établir une connexion avec sa mère humaine. Après plus d'une décennie, Stanley Kubrick acheta les droits d'adaptation, et commença un travail de très longue haleine - comme toujours avec lui- en vue de porter le récit à l'écran.

C'est au cours de cette période que le maître sympathisa avec Steven Spielberg, en 1979, au moment où ce dernier tournait en Angleterre Les Aventuriers de l'Arche perdue, tandis que Kubrick s'attelait au tournage de Shining. Une amitié au long cours de près de 20 ans, faite avant tout de très (parfois 8h !) longs entretiens téléphoniques entre les deux. "Je crois que j'ai du voir Stanley à peine une douzaine de fois en vingt ans" racontera Spielberg.

Un jour, au beau milieu d'une conversation téléphonique, Kubrick lui lâche : "tu sais, j'aimerais vraiment que tu réalises A.I., et je devrais produire le film pour toi". Très étonné par cette proposition aussi inattendue, Spielberg lui demande pourquoi il souhaite passer la main sur ce projet qui lui tient pourtant à coeur et qu'il a maturé durant si longtemps. "J'étais choqué. J'ai dit : "pourquoi veux-tu faire cela Stanley ?" Il m'a répondu : "Hé bien, tu sais, je pense que ce film est finalement plus proche de ta sensibilité que la mienne".

Spielberg se rend en Grande-Bretagne chez Kubrick, qui lui montre des centaines de storyboards dessinés par un fameux illustrateur de comics, Chris Baker, connu sous son nom d'artiste Fangorn. Un travail préparatoire minutieux comme Kubrick en avait le secret.

C'est là qu'intervient cette très savoureuse anecdote racontée par Spielberg à James Cameron, dans le cadre d'un entretien mené entre les deux en 2018, à la faveur de la parution du formidable livre James Cameron's Story of Science Fiction. Spielberg souligne la nature notoirement très secrète de Kubrick, illustrée par l'exigence d'installer un fax... directement dans sa chambre à coucher pour protéger leurs échanges !

"Ce qui m'amuse toujours, c'est quand Stanley a dit : "Tu dois installer un fax dans ta chambre à coucher car je vais t'envoyer beaucoup de notes, de photos et d'idées". Quand j'ai demandé pourquoi, il a répondu : "Et si quelqu'un entrait et lisait en pleine nuit ? Un enfant ou quelqu'un d'autre ? Cela doit être dans un endroit privé".

J'ai donc installé le fax dans la chambre, mais le volume de la sonnerie était dix fois plus fort qu'une ligne normale. L'appareil se déclenchait à 1 h, 3 h ou 4 h du matin ! Cela a duré deux nuits avant que ma femme, Kate Capshaw, ne jette le télécopieur hors de la chambre !"

"Stanley avait une profonde admiration pour Steven. Il voyait en lui l'un des plus grands réalisateurs de la génération suivante. Les deux cinéastes ont des tempéraments très opposés, mais leur dénominateur commun est le talent" dira Jan Harlan, producteur et beau-frère de Kubrick.

A.I. Intelligence artificielle est un peu un mal aimé dans la filmographie de Spielberg. Il sera d'ailleurs un échec au box office mondial, avec à peine plus de 235 millions $ récoltés, sur un budget de 100 millions.

Si certains ont reprochés l'aspect hybride de l'oeuvre, ni tout à fait un film de Spielberg ni un film de Kubrick, le rendant finalement trop impersonnel et de surcroît trop édulcoré par rapport aux idées initiales du maître décédé en 1999, l'oeuvre mérite une sérieuse réévalution.

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