09 janvier 2026

Jafar Panahi assistera aux Golden Globes, à Los Angeles, ce week-end

Alors que l’Iran est de nouveau secoué par une vague de contestation massive, Jafar Panahi a choisi de rompre le silence. Mercredi, le cinéaste iranien a publié sur son compte Instagram un appel signé par 184 personnalités du monde culturel, sportif et intellectuel iranien, un texte frontal, sans ambiguïté.

“Nous défendrons de toutes nos forces le droit à la liberté d’expression, nous condamnerons la répression et le meurtre des manifestants et nous nous tiendrons aux côtés du peuple iranien.”

Un texte qui n’a rien d’un geste impulsif, insiste Panahi interrogé par Variety. “Ce n’est pas quelque chose que nous avons décidé hier soir”, précise-t-il. “Cet appel a circulé pendant une semaine. Il est signé par 184 personnes issues du milieu du cinéma, mais aussi par des athlètes et des figures importantes d’autres corps de métier en Iran, qui estiment qu’un changement est nécessaire.”

Actuellement aux États-Unis, le réalisateur de Un Simple Accident se retrouve, une fois encore, à distance de son pays au moment où l’histoire s’accélère. Une position inconfortable qu’il connaît trop bien : "La dernière fois qu’il y a eu des manifestations de masse, j’étais en Iran, mais j’étais aussi incarcéré. J’étais en prison, sans accès libre à l’information. C’était très difficile de savoir ce qu’il se passait. Quand quelqu’un recevait un appel de l’extérieur, il venait nous donner des nouvelles en vitesse. Mais à part ça, je ne voyais rien." Cette fois, Panahi est libre — mais loin. "Le destin fait que, là encore, je suis à l’écart de ce qui se passe. Mais dès le deuxième jour des manifestations, j’ai senti que quelque chose était différent. Au quatrième jour, j’ai écrit sur Instagram que je pensais que cette fois-ci, ce serait autre chose."

Depuis Cannes, le cinéaste ne mâche plus ses mots. "Même lors des interviews que j’ai données à Cannes, je disais déjà que, selon moi, le régime était brisé. Il est déjà tombé en fait : politiquement, idéologiquement, économiquement et écologiquement. Sous tous les angles possibles, il est tombé. Ce qui existe encore n’est qu’une coquille. Une coquille qui ne tient que par la force."

Dans le même temps, Jafar Panahi est engagé à titre personnel dans une nouvelle bataille judiciaire avec les autorités de son pays. Son procès est toujours en cours, et l’incertitude demeure totale. “J’ai parlé avec mon avocat hier. Le tribunal s’est réuni, et il doit y retourner dans quelques jours pour connaître la décision. Je ne sais pas encore ce qui a été décidé."

Quant à l’idée même d’une relaxe, le cinéaste se montre d’un pessimisme lucide. "En Iran, il existe une expression parmi les prisonniers à propos de l’appel. Le mot signifie ‘réexaminer une décision’. Mais les prisonniers disent plutôt ‘confirmer la décision’. Voilà ce que signifie l’appel dans le système judiciaire iranien. En général, ils confirment ce qu’ils ont déjà décidé."

Pendant ce temps, Panahi découvre une autre réalité : celle d’un public international qui, enfin, peut voir ses films librement. "C’est une expérience nouvelle pour moi”, explique-t-il. "Avant, les règles de l’Académie ne permettaient pas à mes films d’être sélectionnés, parce qu’ils n’étaient pas projetés dans mon pays — ce que l’Iran n’aurait jamais autorisé. Sans la sélection française, cette campagne n’aurait sans doute pas existé." Les projections américaines l’ont marqué. "Les salles étaient pleines. Les spectateurs restaient pour les questions-réponses. Cela m’a procuré une immense joie."

Jafar Panahi confirme par la même occasion qu'il assistera bien aux Golden Globes dimanche soir.  Il sourit, presque surpris par lui-même : “Nous sommes arrivés à Los Angeles hier soir, après Palm Springs et New York. Puisque nous sommes à L.A., bien sûr que nous irons. J’imagine que je dois aller aux Golden Globes..." Un Simple Accident, production française et Palme d'Or à Cannes, sera très bien représentée avec 4 nominations dont deux pour le cinéaste exilé.

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