16 juin 2020

The Witcher (Netflix) : vers une saison 2 simplifiée ?

La première saison de The Witcher vous a donné des maux de têtes à force d'entremêler les différents temps de récit ? Rassurez-vous, la saison 2 devrait être plus simple !

Dans une interview au site The Wrap, la showrunneuse Lauren Schmidt Hissrich a discuté du contenu de la saison 2 et des changements apportés à la série de fantasy, qui a fait sensation sur Netflix fin 2019. Et le premier changement de taille résidera dans la narration, annoncée comme plus épurée que celle de la saison 1 et de ses multiples timelines, jugées inutilement complexes et qui ont suscité de nombreuses critiques.

La saison 1 introduisait trois personnages principaux : Geralt de Riv (Henry Cavill), un chasseur de monstres, la magicienne Yennefer de Vengeberg (Anya Chalotra) et la princesse Ciri (Freya Allan), dont les différentes aventures se déroulaient à plusieurs époques montrées en simultané, que seuls quelques indices visuels permettaient de resituer dans l'ordre chronologique.

Pour la saison 2, ces destinées parallèles vont désormais être amenées à converger dans la même direction maintenant que les personnages ont été suffisamment introduits, selon la showrunneuse. Il n'apparaît donc plus nécessaire pour les scénaristes de faire des sauts dans le temps afin d'explorer leurs origines. "Ce qui est bien maintenant c'est que leurs routes se sont croisées. La saison 2 montrera donc tous nos personnages réunis dans la même timeline," déclare-t-elle. "Ce que cela nous permet de faire en termes de narration, c'est de jouer avec le temps par d'autres moyens. On a recours à des flashbacks, des flashforwards, on intègre la notion de temps d'une manière complètement différente, et que nous n'avons pas pu faire en saison 1."

Parmi les autres nouveautés de cette seconde saison, de nouveaux sorceleurs viendront s'ajouter aux côtés de Geralt. Issus d'une lignée ancestrale, ils permettront d'explorer les origines du héros et ce que signifie leur mission à ses yeux. "Les nouveaux sorceleurs font partie de mes ajouts préférés pour la saison 2", confie Hissrich. "Dans la saison 1, nous découvrions qui est Geralt, et c'est notre principal exemple de sorceleur. Puis nous en avons un autre, Remus, que nous rencontrons dans l'épisode 3, mais il meurt très rapidement. [La saison 2] consistait alors pour nous à renvoyer Geralt à ses origines, et à comprendre d'où il vient, son histoire, et ce que signifie pour lui la famille."

La production de la saison 2 de The Witcher a du être suspendue au mois de mars en raison de la mise en quarantaine des équipes, après que l'acteur Kristofer Hivju a été testé positif au Coronavirus. Si les studios Arborfield où se déroulent les tournages doivent réouvrir bientôt selon le site IndieWire, aucune date de reprise de la production ni de diffusion sur Netflix n'a encore été officiellement communiquée. Il faudra s'armer de patience avant de découvrir la suite des aventures du sorceleur...

Will Smith et Antoine Fuqua préparent un thriller sur l'esclavage

Will Smith tiendra le premier rôle du long métrage Emancipation, un thriller historique sur l'évasion d'un esclave mis en scène par le réalisateur Antoine Fuqua, que l'on connaît notamment pour Training Day ou encore Equalizer. 

Ecrit par Bill Collage, le script est tiré d'une histoire vraie, celle de Peter, esclave dans une plantation de Louisiane en 1863. Après avoir été sauvagement battu par un contremaître, il a décidé de s'enfuir vers le nord et de rejoindre l'Union Army contre l'armée Confédérée dans la Guerre de Sécession. Les photographies de ses blessures, publiées par la presse, ont alors servi de symbole pour alerter le monde des atrocités commises dans les états du Sud.

Selon le site Deadline, qui a annoncé le projet en exclusivité et qui le compare au Apocalypto de Mel Gibson, Emancipation sera avant tout un thriller d'action et d'évasion à travers les marais de Louisiane. 

"Il est rare de trouver un film (...) avec des scènes d'action encore inédites", a d'ailleurs déclaré Antoine Fuqua au micro de Deadline. "De la vraie action, un type qui s'enfuit à travers les marais, qui lutte contre des alligators et des serpents, qui est pourchassé par des chiens, qui rejoint la Guerre de Sécession, qui combat l'armée confédérée."

A l'heure où de nombreuses voix s'élèvent pour soutenir le mouvement Black Lives Matter et lutter contre le racisme aux Etats-Unis et dans le monde, le réalisateur a également confié que la lecture du script d'Emancipation l'avait particulièrement ému :

"Cela a frappé mon coeur et mon âme de nombreuses manières qui sont impossibles à exprimer mais que vous comprenez, je pense. Je retrouve certains des sentiments que j'éprouve dans la rue en ce moment. Il y a de la tristesse, de la colère, de l'amour, de la foi et de l'espoir aussi lorsque je vois ce que font les jeunes aujourd'hui. (...) Ce qui me remplit le plus d'espoir, c'est qu'ils ne vont plus tolérer cela plus longtemps. J'ai été traversé par tous ces sentiments lorsque j'ai lu le scénario."

Star Wars Celebration : l'édition 2020 annulée

Alors que le coronarivus a obligé de nombreux festivals et conventions à être annulés cette année, une nouvelle victime de prestige rejoint son tableau de chasse puisqu’il a été annoncé cette nuit que la prochaine Star Wars Celebration, censée de tenir du 27 au 30 août prochains, n’aurait finalement pas lieu, repoussant donc à 2022 la prochain édition de cette convention biannuelle. 

Attendue depuis plusieurs semaines déjà, la nouvelle a finalement été confirmée via un message posté sur le site officiel de l’événement : "A la Star Wars Celebration, la santé et la sécurité de nos fans, visiteurs, exposants, invités et employés sont notre priorité numéro une. En raison des effets du virus covid-19 et après avoir échangé avec les autorités locales et nationales sur les dernières consignes de sécurité pour les événements en intérieur, nous avons pris la décision d’annulation la célébration Star Wars 2020."

Toutes les nouvelles ne sont néanmoins pas mauvaises, puisque la prochaine édition de la Star Wars Celebration est d’ores et déjà datée du 18 au 21 août 2022 (traditionnellement, elle ne se déroule qu’une fois tous les deux ans) avec on l’imagine, énormément de surprises tandis qu’il serait bien possible d’ici là que soit annoncées de premières informations sur les prochains films de la franchise, et notamment le volet réalisé par Taika Waititi dont les contours n’ont pas encore été précisés...

Oscars 2021 : pour la première fois, la cérémonie aura lieu en avril

C'était inévitable, les Oscars subissent les conséquences de la pandémie mondiale liée au COVID-19. Deadline rapporte que pour la première fois de son histoire télévisée, l'Académie des Oscars va décaler la diffusion de sa cérémonie au 25 avril 2021 contre le 28 février précédemment annoncé. Ce n'était jamais arrivé depuis 1953.*

Les films de cette 93ème édition seront éligibles jusqu'au 28 février 2021, à condition d'être sortis en salles entre le 1er janvier et le 28 février. Cette condition d'exploitation a toujours été en vigueur pour les Oscars mais habituellement, la date limite est fixée au 31 décembre. Découvrez les conditions d'éligibilité exceptionnelles liées à la pandémie de cette 93ème édition.

Toujours d'après les informations obtenues par Deadline, les autres acteurs de la saison des récompenses vont prochainement eux aussi se décaler afin de ne pas faire courir ladite saison de septembre à fin avril.

Il y a quelques jours, Ava DuVernay était nommée au comité de direction des Oscars, rapprochant l'organisation de la parité (26 femmes sur un total de 54 membres) et garantissant plus de diversité. DuVernay est une réalisatrice engagée sur tous les fronts et pourrait contribuer à faire bouger les choses au sein de l'organisation. L'Académie souhaite changer les choses, comme en témoigne leur récent post Instagram :

L'Académie a également créé un "Bureau de la représentation, de l'inclusion et de l'équité", en charge d'intervenir globalement, d'ici à 2025, "sur les inégalités institutionnelles ayant cours dans l'organisation et l'industrie". L'Académie tiendra également des panels intitulés "Tout part de nous" abordant les sujets "raciaux, ethniques, historiques, les possibilités et l'art de fabriquer un film".

Par ailleurs, un groupe de travail composé d'acteurs de l'industrie, des membres de l'Académie et d'autres vont développer de nouvelles règles d'éligibilité afin d'être plus représentatif et plus inclusif. Bien que le comité doive rendre sa copie le 31 juillet prochain, ces nouvelles conditions d'éligibilité n'impacteront que la cérémonie 2022.

Par ailleurs, les noms de nouvelles recrues inclusives pour le comité ou d'autres services de l'Académie devraient être annoncées dans les mois à venir.

Manifest : une saison 3 pour la série

Après des semaines de négociations financières houleuses avec Warner Bros., NBC a pris sa décision : Manifest reviendra bien à l'antenne pour une saison 3. Elle est programmée chez nous sur TF1, où la saison 2 devrait être lancée prochainement. 

Une nouvelle qui n'est pas une surprise mais étant donné le contexte économique, tout pouvait arriver. L'an dernier déjà, la série avait été sauvée in extremis. La saison 2, appelée en renfort après l'annulation rapide de la série judiciaire Bluff City Law, a obtenu des scores en baisse mais néanmoins satisfaisant une fois les replays comptabilisés. Elle a réuni en moyenne 7,7 millions de téléspectateurs à J+7 pour un taux sur la cible privilégiée des annonceurs de 1.5. 

La chaîne en a profité pour annuler ses comédies aux toutes petites audiences Indebted avec Fran Drescher et Sunnyside avec Kal Penn. 

Blood & Water (Netflix) : une saison 2 commandée pour la série ado sud-africaine

Après les renouvellement récents de Control Z et de Valeria, c'est au tour de la série Blood & Water, lancée le 20 mai dernier sur Netflix, d'avoir droit à une bonne nouvelle. La plateforme de streaming a officiellement commandé une saison 2 des aventures de Puleng et de Fikile, comme l'a révélé hier le compte Twitter de Netflix Afrique du Sud par le biais de la vidéo ci-dessous, dans laquelle on peut voir la réalisatrice Nosipho Dumisa annoncer le renouvellement à une grande partie des comédiens de la série, dont Ama Qamata, Khosi Ngema, et Thabang Molaba.

Deuxième série originale sud-africaine de Netflix après Queen Sono, Blood & Water, dont l'histoire fait écho à un fait divers ayant secoué le pays il y a quelques années, raconte la quête de vérité de Puleng Khumalo, une lycéenne qui lors d'une fête croise par hasard le chemin de Fikile "Fiks" Bhele, une championne de natation à qui tout réussit, et se persuade que celle-ci est sa soeur disparue, enlevée à la naissance il y a 17 ans. Afin de trouver des réponses à ses questions, Puleng parvient alors à convaincre sa mère de l'inscrire au sein du prestigieux Parkhurst College, l'établissement privé qui accueille l'élite de Cape Town et où étudie Fikile, et se lance ainsi dans une enquête qui pourrait bien bouleverser sa vie.

On ignore encore combien d'épisodes ont été commandés par Netflix pour cette saison 2 qui devrait en toute logique arriver en 2021 sur la plateforme.

15 juin 2020

The Politician saison 2 sur Netflix : une bande-annonce pour la série politique et comique de Ryan Murphy

Payton Hobart est de retour. Après avoir mené une campagne de tonnerre au sein de son école dans la première saison, il tente cette fois de conquérir New York en briguant le poste de sénateur. Il s’oppose dans ces nouveaux épisodes à une certaine Dede Standish (Judith Light) et si l’on en croit la bande-annonce, la bataille sera rude et sans merci entre les deux candidats. La saison 2 de The Politician co-écrite par Ryan Murphy, s’annonce plus politique et plus comique que jamais, tout en s’attaquant à des sujets forts comme l’écologie.

Ben Platt, Gwyneth Paltrow (dont le personnage entrera lui aussi en politique en saison 2), Lucy Boynton ou encore Laura Dreyfuss feront leur retour. Zoey Deutch (Infinity Jackson) apparaîtra plus sporadiquement tout comme David Corenswet. Jessica Lange quant à elle ne sera pas de la partie.

Politician saison 2 : début du scrutin le 19 juin sur Netflix.

American Gangster sur France Ô : qui est le véritable Frank Lucas incarné par Denzel Washington ?

Mais qui était vraiment Frank Lucas, homme de l’ombre, trafiquant de drogue, criminel affuté et homme d’affaires, considéré comme le Parrain d’Harlem dans les années 60 ? C’est ce que nous raconte Ridley Scott dans le plébiscité American Gangster à (re)découvrir ce soir à la télévision.

En août 2000, le New York Times publie un article intitulé "The Return of Superfly", dans lequel le journaliste Mark Jacobson relate ses rencontres instructives avec Lucas, qui y dévoile sans aucune concession son passé de dealer et sa carrière de malfrat.

Né dans les années 30 en Caroline du Nord, le futur criminel est marqué très tôt par un événement traumatisant : il aurait été témoin à l’âge de 13 ans de l’assassinat de son cousin par un membre du KKK. Il plonge progressivement dans la violence et vit de quelques larcins. Après une bagarre qui a mal tourné, sa mère l’envoie à New York. C’est là qu’il va faire ses armes de dealer. Si Lucas révèle avoir travaillé tout d’abord aux côtés du parrain de l’époque Ellsworth "Bumpy" Johnson, plusieurs sources viennent aujourd’hui contredire ces dires (sa femme expliquera que Lucas s’est approprié l’histoire d’un autre dealer que Bumpy avait pris sous son aile). Mais après la mort de ce dernier, la voie est libre pour la mise en place d’une nouvelle organisation criminelle. 

Nous sommes alors dans les années 60, en pleine la guerre du Vietnam. Lucas fait alors la rencontre alors d’un certain Leslie Atkinson, qui lui révèle que la poudre blanche, dont sont accros un bon nombre de soldats du retour du front, est vendue à moindre prix là-bas. Les deux hommes décident alors de se lancer dans un petit trafic. Le natif de Caroline du nord s’entoure de membres de sa famille (des frères, des cousins…), qu’il fait venir à New York. Avec leur sens des affaires, Atkinson et Lucas mettent rapidement en place un pont aérien entre le Vietnam et les Etats-Unis. Leur drogue, qu’ils brandent et renomment la “Blue Magic”, est plus pure que celles vendues par leurs concurrents. Dans son labo, Lucas fait appel à une douzaine de femmes pour couper la poudre : elles n’avaient sur elle aucun vêtement, si ce n’est un masque chirurgical. Au sommet de sa gloire, le narcotrafiquant déclare posséder 52 millions de dollars, en grande partie dans des comptes off-shores. 

C’est à la suite de nombreuses overdoses de Blue Magic que la DEA décide de mettre sur pied différentes équipes pour démanteler le réseau. Un certain Richie Roberts (joué par Russell Crowe dans le film) fait partie de l’équipe qui arrive à remonter la piste jusqu’à Lucas. C’est ce jeu du chat et de la souris qui sera au centre d’American Gangster, bien que dans la réalité, de nombreuses sources affirment qu’il n’a joué qu’un rôle très mineur dans cette affaire. 

Il faudra attendre 1975 pour voir la chute du Parrain d’Harlem. Ses biens sont saisis et il est invité à comparaître devant un juge qui le condamnera à 40 ans puis 30 ans supplémentaires de prison. Mais conscient d’être un atout pour la DEA, Lucas accepte de coopérer avec la justice américaine en balançant le nom d’autres trafiquants de drogue et de flics corrompus avec qui il a travaillé. Grâce à cette belle affaire, il quittera la prison en 1981… avant d’y retourner pour trafic de drogue. Fait amusant, c’est Roberts lui-même (devenu procureur) qui le défendra devant la cour. Les deux seront devenus amis entre temps, si bien que le premier deviendra le parrain de son fils et qu’il lui paiera ses frais de scolarité. A sa sortie de prison en 91, Lucas quitte définitivement les affaires.  

Un accident de voiture en 2005 le condamnera au fauteuil roulant. Il trouvera la mort en 2019, à 88 ans.

Richie Roberts n’est pas le seul à s’être pris d’amitié pour le gangster. Pour se préparer au rôle, Denzel Washington a pu rendre visite à Lucas et a même enregistré leurs échanges : "Je n'ai pas tenté de l'imiter, mais de faire ressortir son charme, qui est le trait dominant de sa personnalité. Je lui ai seulement demandé de ne me divulguer aucune information qui pourrait m'obliger à témoigner contre lui ! Mon objectif n'était évidemment pas de glorifier son passé de dealer, mais d'essayer d'illustrer son désir de rachat."

Malgré tout, Frank Lucas était un criminel violent, qui n’a pas hésité à faire assassiner ses concurrents (quand il ne le fait pas lui-même) ou à faire sauter la voiture d’un policier corrompu qui tente de l'escroquer. 

Braquage à l’anglaise sur TMC : quel hallucinant casse a inspiré ce film policier avec Jason Statham ?

Dans Braquage a l'anglaise, Jason Statham joue un petit escroc à qui l'on propose de participer au casse d'une prestigieuse banque londonienne. L'enjeu est une salle des coffres remplie de millions en liquide et de bijoux, mais l'endroit renferme aussi quelques secrets que les plus puissants dignitaires du royaume ne veulent pas voir sortir... A l'occasion de la diffusion du film, retour sur l'incroyable affaire criminelle qui l'a inspiré : le casse de Baker Street.

En 1971, des cambrioleurs parviennent à creuser un tunnel d'une douzaine de mètres, à partir d'un magasin qu'ils ont loué, pour avoir accès aux coffres d'une banque de Londres appartenant au groupe Lloyds. Ils dérobent alors argent et bijoux pour un montant de plusieurs millions de livres. Outre sa mise en œuvre digne d'un film, ce casse possède pour particularité de n'avoir jamais été élucidé (personne n'est arrêté et le butin n'est pas retrouvé).

Autre caractéristique de l'affaire : les malfrats auraient pu être pris en flagrant délit ! Un radioamateur capte en effet par hasard les conversations en talkie-walkie des cambrioleurs, via un vieux poste émetteur-récepteur... Il enregistre les échanges et alerte la police, qui ne le croit pas ! Il appelle donc Scotland Yard qui prend la chose au sérieux : ses enquêteurs écoutent les enregistrements mais ne parviennent pas à déceler de nouvelles discussions...

La police cherche alors à contrôler des centaines d'établissements bancaires de la ville, mais ce travail est trop titanesque. Le lendemain matin, le directeur d'une banque Lloyds, au 185 Baker Street, signale le cambriolage. Le butin est énorme : 260 coffres sont forcés pour un montant de trois millions de livres (soit pas loin de 45 millions d'euros en tenant compte de l'inflation) ! Sur un mur est même inscrit "Voyons un peu comment Sherlock Holmes va démêler ça !

Cerise sur le gâteau : les policiers sont passés la veille, à l'entrée de cette banque, lorsque les gangsters étaient encore à l'intérieur, mais n'ont rien remarqué, aucune porte n'ayant été forcée !

L'affaire fait les gros titres pendant quelques jours, puis les médias n'en parlent plus car ils reçoivent du gouvernement une "D-Notice", une demande exceptionnelle les obligeant à ne rien publier sur un sujet pouvant compromettre la sécurité de l'Etat... Selon la rumeur, l'un des coffres comportait des photos sexuelles mettant en scène la princesse Margaret (la soeur d’Elisabeth II). Une théorie qu'exploite le film de Roger Donaldson, mais qui demeure invérifiable.

Avant les producteurs de Braquage à l'anglaise, personne n'a réussi à rencontrer les auteurs du casse, étant donné que certains ont disparu (via de nouvelles identités) et d'autres sont morts. Le producteur Steven Chasman se rappelle : "L'un d'entre eux a travaillé comme consultant sur le film, mais cela lui a rappelé tellement de souvenirs qu'il a préféré se retirer du projet. Cela nous a posé quelques problèmes, mais nous avons fini par le convaincre de revenir."

Sorti en 2008, Braquage à l'anglaise rapporte pas loin de 60 millions de dollars dans le monde : un score plutôt bon compte tenu de son budget de 20 millions. Il s'agit par ailleurs d'un des rares longs métrages portés par Jason Statham qui ne soit pas un film d'action !

15 ans de Batman Begins : comment Christopher Nolan a sauvé l'Homme Chauve-Souris

Le 20 juin 1997, Batman & Robin sort sur les écrans américains. Quatrième opus de la saga lancée avec succès en 1989, il est de nouveau réalisé par Joel Schumacher, qui rempile après Batman Forever, tandis que George Clooney, star de la série Urgences, remplace Val Kilmer dans le costume de l'Homme Chauve-Souris. Face à lui, deux méchants incarnés par Arnold Schwarzenegger et Uma Thurman, alors au sommet de la hype grâce à Pulp Fiction. Sur le papier, l'ambition affichée est de détruire le box-office estival. Dans les faits, c'est la franchise qui s'éteint dans une ambiance de Techno Parade plus poussée que dans l'épisode précédent, pendant que Robin (Chris O'Donnell) fait sa crise d'ado et que Mister Freeze enchaîne les jeux de mots. Comme en 1995, l'idée est de renouer avec la légéreté et le côté parodique et coloré de la série des années 60, mais ça ne prend pas. Ni à l'image, ni dans les salles mondiales, où il engrange 238,2 millions de dollars de recettes, pour un budget de 125.

Le bilan n'est donc pas loin d'être catastrophique, et la Warner décide d'arrêter les frais. Bien qu'ambitieux, avec sa volonté de faire revenir tous les méchants des précédents films grâce aux hallucinations causées par l'Épouvantail à qui Nicolas Cage aurait prêté ses traits et sa folie, le projet de cinquième volet est annulé et c'est loin des écrans que Batman fête ses 60 ans, en 1999. Après Superman, ridiculisé par le calamiteux épisode IV de 1987 et que Tim Burton n'est finalement pas parvenu à ressusciter dix ans plus tard, le studio se retrouve avec un deuxième super-héros iconique absent des salles de cinéma mais compte y remédier au plus vite, et ce dès la fin des années 90. Alors que la décennie et le siècle s'achèvent, les rumeurs de retour de l'Homme Chauve-Souris se multiplient : on parle d'une approche de Val Kilmer, qui aurait été trop gourmand financièrement pour réenfiler le costume ; Kurt Russell semble faire figure de nouveau favori jusqu'à l'échec de Soldier ; et les noms de John Travolta, Alec Baldwin, David Duchovny ou Mel Gibson circulent sans que personne n'y croit vraiment.

Arrive alors Clint Eastwood, à qui la Warner, qui hébergeait déjà ses projets à l'époque, propose d'incarner un Bruce Wayne vieillissant dans ce qui aurait sans doute été une adaptation de la série animée Batman - La Relève (Batman Beyond en VO), lancée avec succès en 1999 et dans laquelle un jeune homme devient le nouvel Homme Chauve-Souris, coaché par son prédécesseur. Mais l'interprète de l'Inspecteur Harry refuse et le studio se tourne vers un réalisateur moins expérimenté : Darren Aronofsky. Auteur du très remarqué Pi, il n'a pas encore mis de claque aux spectateurs du monde entier grâce à Requiem for a Dream lorsqu'il est officiellement présenté comme le metteur en scène du prochain Batman, le 21 septembre 2000. Le long métrage doit s'inspirer de la célèbre bande-dessinée "Année Un" signée Frank Miller, engagé pour co-écrire le scénario de cette histoire qui revient aux débuts des aventures de Bruce Wayne dans une ambiance très sombre. Le chef opérateur Matthew Libatique, qui a suivi le cinéaste pendant toute sa carrière, est aussi sur le pont, Taxi Driver, French Connection ou Un justicier dans la ville sont cités comme références… et c'est ensuite que les ennuis commencent.

Le réalisateur veut que son Gotham City soit créé dans les rues de Tokyo et plusieurs libertés prises avec le matériau original n'auraient pas été au goût du studio, si l'on en croit le livre "Tales from Development Hell" signé David Hughes en 2003 : Alfred y serait notamment devenu un mécanicien afro-américain surnommé "Big Al", le Commissaire Gordon un personnage aux tendances suicidaires et Bruce Wayne un SDF. Le casting de ce dernier provoque aussi quelques tensions. Des bruits de couloir ont parlé d'une approche de Christian Bale (déjà) et Clint Eastwood (encore), mais Darren Aronofsky avait un autre nom en tête : celui de Joaquin Phoenix, comme il le révèle en avril 2020 au magazine Empire. Mais les producteurs ne l'entendaient pas de cette oreille. "Le studio voulait Freddie Prinze Jr.", explique-t-il. "Je me souviens avoir alors pensé que nous avions deux films différents en tête (…) Le Batman que j'avais écrit avait un style très différent de celui qu'ils ont fini par faire." Sans lui donc, car le projet est abandonné et son script, dont la noirceur aurait même choqué Frank Miller, mis de côté.

Retour à la case départ pour l'Homme Chauve-Souris et la Warner, qui essuie un refus de M. Night Shyamalan puis des Wachowski, qui préfèrent se concentrer sur les deux suites de Matrix. Développé en parallèle, le film Batman vs Superman de Wolfgang Petersen tombe lui aussi à l'eau, alors que la studio avait visiblement jeté son dévolu sur Colin Farrell et Jude Law pour les rôles principaux. Nous sommes alors en 2002, Spider-Man s'apprête à confirmer le renouveau des super-héros sur grand écran, après le succès des X-Men de Bryan Singer, et le sauveur du studio se trouve dans l'un de ses prochains films. Remarqué grâce à Following et, surtout, Memento, Christopher Nolan vient de diriger leur remake du polar norvégien Insomnia, sans savoir que le long métrage fera office de carte de visite et qu'il lui offrira un aller simple pour Gotham City. Car la nouvelle tombe officiellement à la fin du mois de janvier 2003 : le Britannique va relancer Bruce Wayne et son alter ego sur grand écran, avec un tout nouveau projet.

Après avoir consulté le scénariste Andrew Kevin Walker, qui avait travaillé sur le Batman vs Superman abandonné, Christopher Nolan se met au travail sur le script avec David S. Goyer (Blade), à qui l'on doit le traitement de l'histoire. Le réalisateur prouve, à cette occasion, son caractère et son goût pour le secret, puisque les producteurs chargés de valider le projet n'ont pas eu d'autre choix, pour avoir accès au scénario, que d'aller le lire dans son garage, QG dans lequel une bonne partie du travail préparatoire avec le chef décorateur Nathan Crowley a eu lieu. Influencé par les comic books "Un long Halloween" et "Amère victoire", le long métrage se présente lui aussi comme une origin story revenant sur les premiers pas du héros, mais Goyer annonce qu'il n'a rien à voir avec "Année Un"… dont on retrouve pourtant quelques éléments dans le résultat final : le policier corrompu Arnold Flass (que Joe Pantoliano aurait refusé d'incarner, le jugeant trop peu important), un James Gordon qui reste droit dans ses bottes, le sonar de l'Homme Chauve-Souris ou encore le teasing de son prochain adversaire.

Annoncé pour 2005, le long métrage ne s'appelle pas encore Batman Begins (ni Intimidation Game, son titre de travail), et le scénario n'est pas encore bouclé lorsque Christopher Nolan et la Warner se mettent en quête de son acteur principal. Et comme toujours dans ces cas-là, de nombreux noms ont circulé, entre les approches concrètes, les simples évocations, les rumeurs infondées et les comédiens qui ont publiquement fait part de leur intérêt pour attirer l'attention des producteurs. Comme Keanu Reeves, qui était déjà en lice face à Val Kilmer une décennie plus tôt. Également courtisé pour incarner Superman, Josh Hartnett aurait quant à lui refusé le rôle, tandis qu'Heath Ledger, après un échange avec le cinéaste, aurait admis que le personnage n'était pas fait pour lui, et il le prouvera quelques années plus tard avec son Joker démentiel dans la suite. On parle d'un certain Steven Pasquale ou, encore, de David Duchovny, et le studio semble avoir trouvé son favori en la personne d'Ashton Kutcher, star de la série That '70s Show qui se tourne de plus en plus vers le grand écran.

Mais Christopher Nolan n'est pas très enthousiaste, craignant que le fait d'engager un acteur de comédie dans le rôle ne conduise au même tollé que lorsque Michael Keaton avait hérité du costume chez Tim Burton. Contrairement à ce qu'il s'est passé avec Darren Aronofsky, le studio se range du côté du cinéaste, et huit comédiens sont convoqués pour passer une audition : Henry Cavill, Billy Crudup, Eion Bailey, Joshua Jackson, Hugh Dancy, Cillian Murphy, Jake Gyllenhaal et Christian Bale. Certains d'entre eux ont même le droit à un essai caméra dans la tenue portée par Val Kilmer dans Batman Forever, comme l'a prouvé une vidéo mise en ligne il y a quelques années (avec ceux d'Anne Hathaway, Tom Hardy et Aaron Eckhart pour les opus suivants).

Et là, l'évidence parle. Même pour David S. Goyer, qui avait fait de Jake Gyllenhaal son chouchou avant le début des auditions. Aussi bien motivé par sa déception face aux derniers films que par sa passion pour Batman née lorsqu'un ami lui a prêté le comic book "Arkham Asylum", en 2000, Christian Bale décide de jouer le personnage comme un monstre plein de rage, proposition qui a plu à Christopher Nolan. Lequel a donc choisi de s'offrir les services du premier acteur avec lequel il avait pu discuter du rôle, et l'information est officialisée le 11 septembre 2003. A partir de là, tout s'enchaîne et le nouveau Bruce Wayne trouve rapidement son majordome : approché pour incarner Alfred Pennyworth, avec une vraie offre à la clé, Anthony Hopkins refuse, ce qui fait les affaires de Michael Caine, convaincu par sa rencontre avec le metteur en scène, dont il deviendra l'un des acteurs fétiches.

Créé pour les besoins du film, le personnage de Rachel Dawes était incarné par Amy Adams sur l'essai en vidéo de Christian Bale, mais c'est Katie Holmes que David S. Goyer et Christopher Nolan, qui aimait son côté "girl next-door", avaient en tête pendant l'écriture, non sans avoir pensé à Claire Danes et Reese Witherspoon comme solutions de secours. Mais l'ex-Joey Potter de Dawson accepte et rejoint officiellement le casting en décembre 2003, quelques heures seulement avant… Cillian Murphy. Comme Heath Ledger, la révélation de 28 jours plus tard n'a pas convaincu en Batman, mais a assez séduit le metteur en scène pour qu'il lui confie un rôle de méchant : celui de Jonathan Crane, alias l'Épouvantail, antagoniste jusqu'ici inédit sur grand écran, et dont Christopher Eccleston, Ewan McGregor ou Marilyn Manson auraient pu s'emparer.

Mis en pause pour les fêtes de fin d'année, le casting reprend de plus belle en janvier 2004 : tout en admettant ne pas connaître le personnage, alors qu'il lit des comic books depuis l'âge de neuf ans, Morgan Freeman décroche le rôle de Lucius Fox, allié de l'Homme Chauve-Souris pour lequel Laurence Fishburne avait été envisagé ; révélé quelques mois plus tôt par Le Dernier Samouraï, Ken Watanabe devient le premier interprète de Ra's Al Ghul sur grand écran ; et Liam Neeson est engagé pour incarner Henri Ducard, mentor de Bruce Wayne créé par Sam Hamm, le scénariste du Batman de 1989, avant d'être laissé de côté pour mieux naître sur papier. Alors que Guy Pearce a été jugé trop jeune, que Daniel Day-Lewis a été approché et que Viggo Mortensen a refusé, l'acteur irlandais rejoint l'aventure et se retrouve au cœur de la toute première scène mise en boîte, le 3 mars 2004 en Islande.

Mais il reste, à ce moment-là, encore une inconnue : qui va donc jouer le futur Commissaire Gordon ? Kurt Russell ? Dennis Quaid ? Non, Christopher Nolan se tourne vers l'oscarisé Chris Cooper, qui refuse car cherchant alors à passer plus de temps vers sa famille. La solution, pour le réalisateur, se trouve du côté d'un acteur auquel il avait pensé pour un rôle de méchant (et que l'on voit souvent jouer ce type de personnage), à savoir Gary Oldman. Ce dernier accepte, sans même lire une ligne du scénario, ce qui ressemble presque à un contre-emploi, et c'est sur le chemin du plateau qu'il lira et apprendra ses dialogues. En attendant, il rejoint officiellement le casting le jour du premier coup de manivelle. Influencé par l'adaptation des X-Men par Bryan Singer, le cinéaste a également projeté Blade Runner (dont il engage l'un des comédiens, Rutger Hauer) à son équipe en amont des prises de vues, avant de leur dire "C'est comme cela que nous allons faire Batman."

Pendant cent-vingt-neuf jours, jusqu'au 17 septembre, il supervise lui-même chacun des plans tournés, refusant déjà de faire appel à une seconde équipe. Un souci du détail que l'on retrouve également dans sa volonté de limiter au maximum les effets numériques, et Batman Begins devient ainsi le premier film de la franchise depuis la scène de la jetée dans le long métrage de 1966 à être tourné dans les rues d'une vraie ville. Ou plutôt deux, car c'est à Londres et Chicago que Nolan a donné naissance à sa version de Gotham City, envisagée comme un "New York sous stéroïdes" dotée d'une ambiance poisseuse dans laquelle l'influence de Blade Runner se fait ressentir. Une entreprise à l'origine d'un drôle d'incident sur le tournage, lorsqu'un conducteur en état d'ébriété à heurté la Batmobile avant de s'enfuir en croyant voir un vaisseau extra-terrestre. Il faut dire que le look du véhicule, révélé pendant les prises de vues, en a surpris plus d'un : surnommé "Tumbler", il s'inspire du design vu dans "The Dark Knight Returns" de Frank Miller, et ressemble davantage à un tank qu'aux bolides longilignes des films précédents.

Comme les gadgets et la tenue de l'Homme Chauve-Souris (cape incluse), la Batmobile est crée à partir de technologies militaires existantes, ce qui traduit la volonté d'ancrer la mythologie de Batman dans notre réalité. Réparti entre décors naturels et studio (où la Batcave est intégralement crée, sans recours à divers trucages), le tournage est bien plus tranquille pour Christopher Nolan qu'il ne l'avait été pour Tim Burton (nerveux et confronté à la pression des fans et des producteurs ainsi qu'à des caprices de stars), et se déroule sans encombre. Sauf pour Christian Bale, qui a connu quelques soucis physiques en amont des prises de vues : au moment des auditions, il sortait de The Machinist, thriller pour lequel il avait perdu vingt-huit kilos et était donc trop maigre pour incarner Batman. Une fois engagé, son réalisateur lui a demandé de devenir "aussi gros que possible", et l'acteur a ainsi atteint les cent kilos (soient dix-huit de plus que son poids normal) à l'issue d'un régime long de six mois… mais s'est révélé trop épais pour le rôle et a donc dû en perdre neuf le plus rapidement possible, pour se sculpter une silhouette plus fine et musclée. S'il deviendra coutumier de ce type de performance (Fighter, American Bluff, Vice…), le Gallois avoue avoir vécu l'expérience comme une contrainte insupportable.

Une fois sur le plateau, les choses se passent mieux et la star d'American Psycho, dans lequel il jouait un certain Bateman, réalise lui-même la majorité de ses cascades même s'il se voit refuser de piloter la Batmobile. Comme Michael Keaton avant lui, il parvient également à tirer profit des inconvénients du costume, qu'il juge très incofortable (et sera d'ailleurs modifié dans la suite, The Dark Knight) et déteste ouvertement, car celui-ci l'aide à capturer le côté monstrueux de son Chevalier Noir, en le mettant d'humeur massacrante. La colère dont il fait preuve à l'écran une fois en tenue n'est donc pas totalement feinte, et cela l'a sans doute aidé à trouvé sa voix de Batman, profonde et agressive, même s'il a perdu la sienne par trois fois tout au long des prises de vues, qui s'achèvent le 17 septembre 2004. Quelques mois plus tôt, le nouveau look du héros ainsi qu'un premier teaser efficace ont été dévoilés, afin d'annoncer la couleur, et plutôt bien accueillis. De quoi donner un peu de confiance à la Warner qui, cet été-là, essuie un véritable échec avec Catwoman, descendu en flèche par la critique et boudé par les spectateurs, au point de ne rapporter que 82,1 millions de dollars dans le monde (dont 40 pour les seuls États-Unis), pour un budget de 100.

Une catastrophe en forme de point de non-retour, qui rappelle que le succès des super-héros n'est pas automatiquement assuré et met en lumière les qualités des réussites récentes telles que X-Men, Spider-Man et leurs suites respectives. Et qui va jouer en faveur de Batman Begins, qui sort le 15 juin 2005 dans les salles françaises et américaines, et est à l'image de ce que la promo a dévoilé jusque-là : beaucoup plus sombre et psychologique que les opus de Joel Schumacher. Mais pas au point de se couper d'une partie du public, car Christopher Nolan a tenu à ne rien filmer de gore ou sanglant, pour que son film soit visible par tous. Ou presque : "Pas les plus jeunes évidemment, car je pense que ce que nous avons fait est un peu trop intense pour eux, mais je ne tiens pas à exclure les 10-12 ans car, étant enfant, j'aurais adoré voir un film comme celui-ci", explique le metteur en scène. Classé PG-13 outre-Atlantique (interdit aux moins de 13 ans non accompagnés), le long métrage séduit les critiques avec un moyenne de 3,7 sur 5 sur AlloCiné (sur vingt-quatre supports) et 70 sur 100 sur Metacritic. Un tout petit peu mieux que les 69 des débuts du duo Tim Burton - Michael Keaton en 1989 donc.

Malgré des dialogues parfois sur-explicatifs, défaut récurrent des blockbusters destinés au grand public, Batman Begins séduit notamment grâce à ce qui deviendra la marque de fabrique de Christopher Nolan : un mélange d'ambition et de respect des spectateurs, qu'il sait captiver grâce à sa narration, se permettant ainsi d'attendre une heure avant de faire apparaître le héros en costume. Tout n'est pourtant pas parfait, car le récit connaît quelques baisses de rythme, le cinéaste n'est pas encore totalement à l'aise avec le découpage et la lisibilité des scènes d'action, et Ra's Al Ghul ne se révèle pas aussi charismatique que prévu, même si son immortalité est expliquée grâce à une belle astuce lui permettant de s'inscrire davantage dans l'après-11-Septembre, lorsqu'il est question d'un ennemi qui frappe les États-Unis de l'intérieur et dont les idées survivent aux changements de leader. Tiraillé entre justice et vengeance, l'Homme Chauve-Souris devient alors une incarnation de l'Amérique du début des années 2000, en équilibre sur la ligne qui sépare le Bien et le Mal, avec Alfred Pennyworth en guise de boussole morale qui peine parfois à indiquer le Nord à son maître.

A travers ces questionnements très actuels, Christopher Nolan dresse des parallèles entre le héros et les méchants, et c'est ainsi que Batman se sert de la peur comme d'une arme, au même titre que l'Épouvantail, antagoniste plus réussi et ambivalent auquel Cillian Murphy prête ses traits. Le fait que l'acteur ait été en lice pour jouer l'Homme Chauve-Souris favorise également ce rapprochement, et la fascination du réalisateur pour le comédien irlandais, que l'on retrouvera dans les épisodes suivants, se voit notamment dans les moments où Jonathan Crane enlève ses lunettes, afin de permettre au public de mieux voir ces yeux bleus sur lesquels le cinéaste aurait flashé pendant les auditions. Comme Bruce Wayne, c'est lorsqu'il revêt un masque que sa vraie nature se révèle même si, dans son cas, c'est grâce à l'insistance du co-scénariste David S. Goyer qu'il a pu en porter un, car metteur en scène n'en voulait initialement pas.

Emmené par un Christian Bale impliqué, animal, crédible et qui concentre une bonne partie des louanges reçues, Batman Begins ne met donc pas longtemps à imposer son style réaliste, qui lui permet de se démarquer des opus précédents dont il ne reprend aucun des méchants, à la fois pour éviter les comparaisons et, peut-être, éviter de griller une trop grosse cartouche d'entrée de jeu si le résultat devait ne pas prendre. Derrière la caméra, Christopher Nolan reste fidèle à certaines de ses obsessions entrevues jusque-là, et notamment le film noir que l'on retrouve dans les segments impliquant les bas-fonds de Gotham City, le mafieux Carmine Falcone (Tom Wilkinson), les policiers corrompus ou encore la scène de poursuite en voiture où l'influence avouée de French Connection se fait ressentir. Accompagné par le thème épique signé Hans Zimmer et James Newton Howard, ce premier vol de la chauve-souris s'avère convaincant, et les fans sont aux anges face à la dernière scène, qui annonce l'arrivée du Joker dans une suite rapidement validée, malgré des résultats légèrement décevants au box-office.

S'il démarre en tête sur le sol américain, il n'y rapporte "que" 202,3 millions de dollars, et en cumule 371,9 dans le monde. A titre de comparaison, les deux Spider-Man en ont respectivement engrangé 825 et 789. En France, il fait un tout petit peu mieux que Batman & Robin, avec 1 506 332 million d'entrées contre 1 369 087. Il ne faut pourtant pas s'arrêter à ces seuls chiffres, que l'on aurait certes pu imaginer plus élevés. Car le succès de Batman Begins était loin d'être acquis, et son objectif était aussi de redorer le blason de l'Homme Chauve-Souris, mis à mal par les clowneries de Joel Schumacher huit ans plus tôt. Sur ce plan, l'entreprise est une réussite : Tim Burton et Michael Keaton ont avoué avoir été très impressionné par le long métrage, qui a également tapé dans l'œil des producteurs de James Bond. Comme le super-héros, l'agent 007 avait lui aussi sombré dans le grand n'importe quoi quelques années plus tôt, et c'est en voyant l'opus de Christopher Nolan (en plus des Jason Bourne), que Barbara Broccoli et Michael G. Wilson ont eu l'idée d'opter, eux aussi, pour une approche plus sombre et réaliste avec le reboot Casino Royale.

Nommé pour l'Oscar de la Meilleure Photo en 2006, Batman Begins connaîtra deux suites grâce auxquelles le réalisateur transformera l'essai, en termes de qualité et de succès : The Dark Knight poursuit sa réflexion sur l'Amérique d'alors et revisite la figure du Joker avec le regretté Heath Ledger, oscarisé à titre posthume pour son incroyable prestation ; et The Dark Knight Rises clôt l'histoire et résonne encore dans sa manière d'évoquer les inégalités sociales. Deux longs métrages qui ont fait tomber quelques records et franchi le cap du milliard de dollars de recettes dans le monde, et une trilogie qui compte, aujourd'hui encore, parmi les plus réussies de l'Histoire du cinéma. Régulièrement citée lorsque l'on parle des réalisateurs capables de développer un vrai propos dans un blockbuster, elle a aussi fait figure d'exemple à suivre pour plusieurs grosses productions (The Amazing Spider-Man en tête), jusqu'à ce que le Marvel Cinematic Universe n'impose son style, plus léger et coloré. Mais Kevin Feige et les siens se seraient-ils lancés de la sorte si Christopher Nolan n'avait pas concourru à remettre les super-héros sur le devant de la scène ?

Malgré les critiques reçues par Batman v Superman et l'échec en salles de Justice League, où Zack Snyder s'inspirait lui aussi de Frank Miller pour son Homme Chauve-Souris incarné par Ben Affleck et abordait ses actes de justicier avec sérieux et à travers le prisme de l'après-11-Septembre, le héros est bien redevenu une valeur sûre du grand écran, à tel point que sa prochaine aventure ciné, signée Matt Reeves avec Robert Pattinson dans le rôle principal, fait d'ores et déjà partie des films les plus attendus de 2021. Avec un défi de taille à relever, car ça n'est pas aux opus de Joel Schumacher qu'il lui faudra se mesurer, mais bien à la trilogie de Christopher Nolan, qui n'a rien perdu de son aura en l'espace de quinze ans.