Début des années 1980, dans le désert chilien. Lidia, 11 ans, grandit au sein d’une famille flamboyante qui a trouvé refuge dans un cabaret, aux abords d’une ville minière. Quand une mystérieuse maladie mortelle commence à se propager, une rumeur affirme qu’elle se transmettrait par un simple regard. La communauté devient rapidement la cible des peurs et fantasmes collectifs. Dans ce western moderne, Lidia défend les siens.
En salle cette semaine, Le Mystérieux regard du flamant rose détonne par son titre intrigant… mais pas que ! Récit chargé de tension et de passion, propos avant-gardiste, références nombreuses et maîtrisées au genre western… Autant de raisons qui ont permis au premier long-métrage du cinéaste chilien Diego Céspedes de briller à la dernière édition du Festival de Cannes – où Céspedes avait déjà été nommé à deux reprises pour ses courts-métrages L’Été du lion électrique et Les Créatures qui fondent au soleil – et d’obtenir le prestigieux prix Un certain regard.
Plaisante coïncidence, puisque c’est précisément du regard dont ce premier long-métrage est question. Tantôt arme de séduction infaillible, tantôt facteur de malédiction, celui-ci se retrouve ainsi pivot de l’intrigue. Élevée au sein d'une communauté vivant dans un cabaret, la jeune Lidia se retrouve régulièrement prise à partie par les jeunes garçons de la communauté avoisinante, effrayés par le regard de “Flamant rose” – surnom d’une artiste travestie (terminologie prédominante à l’époque) et charismatique qui joue pour Lidia le rôle de mère. En effet, croiser son regard, ou celui de l'une des personnes de cette communauté, pourrait contaminer les hommes d'une maladie mortelle... mais aussi les séduire, qu'ils refusent de le reconnaître.
Un regard tentateur mais dangereux, métaphore à peine dissimulée du VIH, auquel le cinéaste Diego Céspedes a été confronté dès sa jeunesse. “J’ai grandi avec une mère hantée par le VIH, raconte-t-il. Elle regardait à la télévision un « soap opera » où était représenté le premier personnage séropositif. Elle en parlait d’une manière terrible si bien que j’avais très peur de le regarder. L’idée de la maladie m’effrayait.”
C’est précisément à cette “mythification” du virus que Diego Céspedes s’attaque avec Le Mystérieux regard du flamant rose. Située dans les années 80, l’intrigue du long-métrage permet d’interroger toute la désinformation propagée autour de l’épidémie, notamment par les communautés masculinistes machistes et homophobes, pour qui la maladie était considérée comme une véritable malédiction. Plus encore que les effets de la maladie, c’est surtout la tentation charnelle interdite qui effraie ces hommes. Car la troupe du cabaret, composée majoritairement d’artistes travestis, s’avère aussi séductrice que sympathique, véritable refuge familial pour Lidia (brillamment incarnée par la jeune Tamara Cortes).
Lorsque la peur et le rejet prennent le pas sur la tolérance, la tension s’accumule et Le Mystérieux regard du flamant rose adopte alors un parfum familier de western, mêlant vengeance et règlements de comptes.
Par son cadre, d’abord, Le Mystérieux regard du flamant rose se révèle propice au développement d’une esthétique “western” directement héritée des grands maîtres du genre. Au milieu du désert chilien aride, deux communautés cohabitent en vase clos – une troupe d’artistes travestis et un groupe de mineurs, majoritairement masculin –. Isolée par le désert du reste du monde, la communauté se referme sur elle-même, comme en huis clos. Entre deux numéros de flamenco, le vent souffle au dehors, présence invisible et fantomatique de la menace qui pèse en permanence sur Lidia et sa famille.
Lorsqu’un événement dramatique frappe la communauté et met le feu au poudre, Lidia prend les armes et affronte les ennemis de ses proches, notamment de sa mère, “Flamant rose” (brillamment incarnée par le magnétique Matías Catalán). Ce tournant de l’intrigue permet alors l’instauration d’une dynamique de tension nouvelle, rappelant les plus grands récits de vengeance : duels de regard, pistolets chargés prêts à faire feu à tout moment, notes latines soulignant les tensions sous-jacentes… Autant de références qui permettent au Mystérieux regard du flamant rose de conjuguer à l’ardeur de son propos la chaleur étouffante de la vengeance.
Hommage passionné au genre western porté par une galerie de personnages flamboyants, vision contemporaine des amours passionnelles et familiales, Le Mystérieux regard du flamant rose de Diego Céspedes, primé à Cannes, est à découvrir dès maintenant au cinéma.
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