16 février 2026

Empêtré dans la politique mondiale, le festival de Berlin défend le droit au silence

Les acteurs et actrices doivent-ils prendre position sur tout ? Tout le temps ? Et peut-on encore leur poser des questions sur la société dans laquelle ils vivent ?

Vaste débat qui anime les couloirs du Festival international du film de Berlin, qui se déroule en ce moment de l'autre côté du Rhin.

Dans un contexte géopolitique des plus violents, que ce soit en Amérique, en Ukraine, ou au Moyen-Orient, la fracture est plus flagrante que jamais au sein de l'opinion. Alors Wim Wenders, Président du jury de cette 76e édition de la Berlinale, interrogé sur la guerre à Gaza, a d'emblée affirmé vouloir rester en dehors de la politique. Une déclaration qui a déclenché une tempête sur les réseaux sociaux, jusqu'à provoquer le retrait de l’autrice indienne Arundhati Roy, qui a annulé sa présence à la dernière minute. Dans la foulée, ce sont Michelle Yeoh ou encore Neil Patrick Harris qui ont été critiqués pour leur refus de commenter les crises actuelles. Interrogée par un journaliste sur son opinion d'actrice internationale concernant la situation aux États-Unis, la star oscarisée de Everything Everywhere All at Once avait estimé ne pas être en mesure d'en parler, "et je ne prétends pas non plus la comprendre. Il vaut donc mieux ne pas aborder un sujet que je ne maîtrise pas".

Sage ? Ou trop facile ? Les acteurs, actrices, réalisateurs et autres membres du Jury sont-ils trop pleutres ? Ou ont-ils raison de rester à leur place ?

Face à l'incendie naissant, le festival a publié dans la nuit de samedi un long communiqué signé par sa directrice Tricia Tuttle, appelant à calmer le jeu et à recentrer le débat sur le cinéma. Elle prend notamment la défense des talents qui refusent de parler politique :

"La liberté d’expression existe à la Berlinale", assure-t-elle d'abord. "Mais de plus en plus, on attend des cinéastes qu'ils répondent à toutes les questions. On les critique s'ils ne répondent pas. On les critique s'ils répondent et que leurs propos ne nous plaisent pas. On les critique s'ils sont incapables de condenser des idées complexes en quelques mots lorsqu'un micro est tendu devant eux alors qu'ils pensaient parler d'autre chose..."

La Berlinale met les pieds dans le plat et rappelle qu’un festival de 278 films ne peut être résumé à une polémique virale. "Ces films offrent une multitude de perspectives. On y trouve des films sur le génocide, les violences sexuelles en temps de guerre, la corruption, les violences patriarcales, le colonialisme ou les abus de pouvoir. Certains cinéastes présents ici ont été confrontés à la violence et au génocide, et risquent la prison, l'exil, voire la mort pour leurs œuvres ou leurs prises de position. Ils viennent à Berlin et partagent leur travail avec courage. Faisons-nous suffisamment entendre ces voix ?"

Le message central est limpide : "Les artistes sont libres d’exercer leur droit à la parole comme ils le souhaitent"  et ne devraient pas être obligés de commenter chaque crise mondiale. "On ne saurait exiger d'eux qu'ils commentent tous les débats plus larges concernant les pratiques passées ou présentes d'un festival sur lesquelles ils n'ont aucun contrôle. De même, on ne saurait exiger d'eux qu'ils prennent position sur toutes les questions politiques qui leur sont soumises, à moins qu'ils ne le souhaitent."

La Berlinale défend ainsi un cinéma capable d’agir autrement que par la prise de position frontale, parfois simplement en racontant des histoires humaines. "Dans un monde brisé, cela est précieux."

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