Totalement absent des écrans français, Overlord est pourtant l’un des regards les plus justes jamais portés sur le Débarquement. Réalisé au milieu des années 1970, ce long-métrage singulier a traversé les décennies dans une quasi-indifférence, malgré une reconnaissance internationale et une approche cinématographique hors norme.
Avant même d’être un film de guerre, Overlord est une expérience de réalisme. Le réalisateur Stuart Cooper y raconte le destin ordinaire de Tom Bellows, un jeune Britannique appelé sous les drapeaux, depuis son entraînement jusqu’au 6 juin 1944. Ici, pas de héros flamboyant ni de grand discours patriotique : le récit s’attache à l’attente, à la répétition des gestes militaires, à la lente absorption de l’individu par une mécanique qui le dépasse.
Ce regard presque documentaire fait écho à une intuition historique célèbre. Quelques semaines avant l’invasion alliée, le maréchal allemand Erwin Rommel écrivait à son épouse : “Les Alliés doivent débarquer, c’est un fait. Mais les 24 heures précédant l’invasion seront primordiales. Pour nous, comme pour les Alliés, ce sera le jour le plus long…” Ces mots, devenus emblématiques, annoncent la gravité de l’événement que le cinéma n’a cessé d’explorer par la suite.
Le grand public connaît surtout cette période à travers Le Jour le plus long (1962), puis, bien plus tard, grâce au choc visuel provoqué par Il faut sauver le soldat Ryan (1998) de Steven Spielberg. La séquence du débarquement à Omaha Beach y a redéfini les standards du film de guerre moderne. Pourtant, entre ces deux monuments, Overlord s’impose comme une œuvre discrète mais fondamentale, presque invisible, et pourtant d’une authenticité troublante.
Sorti en 1975, le film est salué par l’Ours d’argent au Festival de Berlin, une récompense prestigieuse qui ne suffira pas à lui assurer une diffusion durable, notamment en France. Malgré une projection remarquée en version restaurée à Cannes Classics il y a une dizaine d’années, le film n’a toujours pas bénéficié d’une sortie en DVD, Blu-ray ou même en VOD sur le territoire français.
Visuellement, Overlord impressionne par son noir et blanc somptueux, signé John Alcott. Ce chef opérateur d’exception, collaborateur privilégié de Stanley Kubrick, a marqué l’histoire du cinéma avec Orange mécanique, Barry Lyndon ou encore Shining. Son travail ici confère au film une texture presque intemporelle, à la fois brute et élégante.
Mais la véritable audace de Cooper réside dans le montage. Les scènes de fiction se mêlent à des images d’archives authentiques du Débarquement, tournées le jour même, parfois depuis des bombardiers ou des Spitfires en plein vol. Pour éviter toute rupture visuelle, le réalisateur utilise des objectifs d’époque, datant des années 1930 et 1940, afin que les images reconstituées se fondent parfaitement dans les archives. Le spectateur ne distingue plus ce qui relève du tournage contemporain ou du document historique.
De cette fusion naît un film bouleversant, à mi-chemin entre le témoignage historique et la réflexion existentielle. Overlord ne cherche pas à impressionner par le spectaculaire, mais à faire ressentir la fragilité humaine face à la guerre. Presque 51 ans après sa sortie, il demeure une œuvre majeure, injustement oubliée, que l’on espère voir un jour enfin à notre portée afin qu’elle puisse être reconnue à la hauteur de sa valeur.

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