25 juin 2020

Netflix : l'incendie de Notre-Dame de Paris au cœur d'une prochaine série

La France n'a pas l'habitude de rebondir rapidement sur les faits d'actualité dans la fiction, au contraire des américains, mais au sujet de l'incendie de Notre-Dame de Paris, survenu le 15 avril 2019, les projets plus ou moins avancés se succèdent, avec des angles plus ou moins différents. 

Pathé et Vendôme ont annoncé en octobre dernier développer conjointement une mini-série en six épisodes d'envergure internationale qui reviendra sur le drame à partir de l'article du New York Times qui avait fait grand bruit en révélant certains dysfonctionnement sur la gestion de la crise. Les producteurs ont l'intention de proposer quelque chose dans la veine de la mini-série HBO Chernobyl. Il faudra attendre 2021 pour la découvrir. Aucune chaîne française ou étrangère n'y est pour le moment attachée. 

Le réalisateur français mythique Jean-Jacques Annaud prépare de son côté un long métrage qui s'annonce particulièrement ambitieux. Sous le titre Notre Dame en feu, le film sera basé sur des documents retraçant le déroulé précis des événements et devrait mêler à la fiction de vraies images filmées par des témoins et sauveteurs. Des scènes pourraient se tourner dans la Cathédrale d'Amiens et le réalisateur ambitionne de créer de nombreux décors pour les scènes nécessitant de mettre le feu, comme il le révélait au micro de RTL. Le tournage devrait commencer dès septembre, avec une sortie envisagée à l'automne 2021. 

On apprend ce jour que Netflix va également s'emparer du sujet sous la forme d'une série co-écrite par Hervé Hadmar, à qui l'on doit Romance tout récemment sur France 2, ou encore Pigalle, la nuit, et Olivier Bocquet. Selon Le Film Français, La part du feu produite par Cheyenne Federation est créée en collaboration avec la Brigade des Sapeurs Pompiers de Paris et de Romain Gubert, co-auteur du livre La Nuit de Notre Dame. Elle est décrite comme "un récit choral qui explore l’impact de cet incendie sur différents personnages à travers la France." On doit à l'un des producteurs, Julien Madon, le film Sauver ou Périr avec Pierre Niney, une plongée dans le monde des pompiers. Six épisodes sont prévus.

Scrubs : 3 épisodes supprimés par le créateur à cause de blackfaces

Après 30 Rock, c'est au tour de la série culte Scrubs de voir trois de ses épisodes supprimés de la plateforme américaine Hulu en raison de leur caractère raciste et offensant.

Retirés à la demande du créateur Bill Lawrence et de la société de production ABC Studios, les épisodes en question, "My Fifteen Seconds" (saison 3, épisode 7, "My Jiggly Ball" (saison 5, épisode 4), et "My Chopped Liver" (saison 5, épisode 17), contenaient des scènes de "blackface" durant lesquelles J.D. (Zach Braff) et Elliot (Sarah Chalke) étaient grimés en noir à des fins comiques. Interpellé par un internaute sur Twitter, Bill Lawrence, à qui l'on doit également les séries Spin City et Cougar Town, a confirmé la suppression de ces trois épisodes de Scrubs (sur les 182 que compte au total la sitcom) qui ne sont donc désormais plus disponibles en streaming aux États-Unis.

Une annonce qui intervient quelques jours après que des mesures similaires aient été prises concernant la comédie 30 Rock, dont quatre épisodes contenant des "blackface" ont été retirés d'Hulu et Amazon. Dans un message relayé par Variety, Tina Fey, la créatrice et star de la série, déclare : "Nous voulons nous améliorer en ce qui concerne les relations raciales aux Etats-Unis. Nous pensons que les épisodes qui mettent en scène des acteurs avec du maquillage pour changer leur couleur de peau ne doivent plus être diffusés. Je comprends que l’intention que nous avions à l’époque ne nous donne pas le droit, en tant que Blancs, d’utiliser ces images. Je m’excuse pour la douleur qu’elles ont causée. A l’avenir, aucun fan de comédie ne doit pouvoir tomber sur ces épisodes et être heurté par leur côté problématique. Je remercie NBCUniversal d’avoir accepté notre requête". Ces épisodes offensant de 30 Rock ne seront plus proposés en rediffusion à la télévision américaine et ne peuvent plus être achetés sur les plateformes de VOD.

The Handmaid's Tale : premier teaser pour la saison 4 attendue en 2021

The Handmaid's Tale fait partie de la vingtaine de séries dont la diffusion a été repoussée à cause de la pandémie. Bien que les trois premières saisons de The Handmaid's Tale ont été diffusées en majorité pendant l'été, il n'a jamais été question de proposer la 4e à cette période. Elle était prévue pour l'automne 2020, mais il faudra finalement attendre 2021 pour frissonner à nouveau avec June, le tournage n'ayant pas pu être bouclé à ce jour. Hulu a dévoilé un premier teaser pour faire patienter, qui mêle d'anciennes images à des nouvelles. La rebellion contre Gilead est loin d'être terminée !

Superman : Henry Cavill espère encore jouer plusieurs années le super-héros

Superman, ça vous gagne ! Henry Cavill, qui incarne le mythique super-héros DC depuis 2013 et est actuellement en négociations pour le retrouver plusieurs fois à l'écran, vient de déclarer qu'il aimerait jouer le rôle encore plusieurs années. "J'ai toujours été fan de Superman", s'enthousiasme le comédien britannique de 37 ans au cours d'un entretien accordé au site Variety. "Avec un tel personnage, vous avez toujours la cape sur vous, même en dehors du plateau. Le personnage devient une partie de votre image publique."

"Quand je rencontre des enfants, ils ne me voient pas forcément comme Henry Cavill, ils peuvent voir Superman. Et ça donne une grande responsabilité", poursuit Henry Cavill, qui échangeait pour l'occasion avec son collègue Patrick Stewart. "Comme c'est un personnage merveilleux, il s'agit d'une responsabilité que je suis heureux d'endosser, et j'espère que j'aurai l'occasion de jouer davantage Superman dans les années à venir." 

Henry Cavill, qui a joué l'homme d'acier sur grand écran à trois reprises (dans Man of Steel, Batman v Superman et Justice League), estime que ce personnage l'a fait progresser en tant que personne. "Il est si bon, si gentil. Quand vous commencez à vous comparer à lui, car vous l'incarnez, vous commencez vraiment à faire une introspection", confie l'acteur. "Vous vous dites : "Est-ce que je suis une bonne personne ? Est-ce que je suis une assez bonne personne pour jouer Superman ?" Et si jamais il y a une petite voix qui vous dit "Hmmm, attends une seconde. Peut-être pas", alors vous ajustez votre comportement et faites en sorte d'être une meilleure personne."

Twister : un reboot du film catastrophe par le réalisateur Joseph Kosinski

Le retour des tornades de catégorie F5 ! Variety annonce qu'Universal va redonner vie à l'un des classiques du studio, qui fut un énorme succès à l'époque : . C'est au réalisateur Joseph Kosinski (Tron 2, Top Gun 2) qu'est confiée la mise en scène de cette nouvelle version du film catastrophe. Ce nouveau Twister sera produit par Frank Marshall, le collaborateur régulier de Steven Spielberg.

C'est en 1996 qu'est sorti le Twister original, film catastrophe aux 494 millions de dollars dans le monde. C'est le deuxième plus gros succès de l'année devant Mission : Impossible et loin derrière Independance Day (817 millions). A titre de comparaison, il rapporte bien plus que le plus gros succès de 1995 qu'était Une journée en enfer et ses 366 millions. Autant dire qu'à l'époque, les tornades ont le vent en poupe.

Sur un scénario cosigné par Michael Crichton et Anne-Marie Martin (retouché en cours de production par Joss Whedon et Steven Zaillian), Twister raconte l'histoire d'une météorologue (Helen Hunt) ayant perdu son père dans une tornade. Lorsqu'une énorme tornade menace, la plus violente qu'ait subi l'Etat d'Oklahoma, elle et son équipe sont aux premières loges... On y retrouve aussi Bill Paxton, Cary Elwes et Philip Seymour Hoffman.

Le film était réalisé par Jan de Bont (Speed, Tomb Raider 2) et eut droit à deux films surfant sur son succès : le téléfilm Storm Chasers: Revenge of the Twister (1998) et Twister 2: The Terror Continues (1996), un documentaire qui n'est qu'une succession de found footage bien réels de personnes ayant filmé des tornades. A l'inverse, un film avec Luke Perry simplement titré Storm est devenu en France Twister II : Extrême tornado (1999). Le retour du blockbuster en 2022 ou 2023 aura-t-il le même nombre de suites que son glorieux prédécesseurs ? A vos prédictions !

Autant en emporte le vent : le film revient sur HBO Max accompagné de vidéos explicatives

Il y a quelques semaines, le retrait du film Autant en emporte le vent du catalogue de la plate-forme HBO Max en marge des mouvements de protestation Black Lives Matter avait entraîné une vive polémique, bien qu’il ait été annoncé dans la foulée que le film n’était que provisoirement retiré le temps que des messages sur la position historique du long métrage puissent être ajoutés afin d’éclairer les jeunes téléspectateurs sur son importance cinématographique, mais également sur sa vision romancée et contestable de l'esclavage afro-américain.

De retour cette nuit sur la plate-forme, Autant en emporte le vent est désormais accompagné de deux vidéos abordant le contexte historique du film. Une première voyant l’historienne du cinéma Jacqueline Stewart expliquer l'importance de découvrir dans sa forme originale le long métrage de 1939 qui "nie les horreurs de l’esclave" selon ses propres termes, la seconde consistant à la rediffusion un panel de discussion tenu en avril 2019 au TCM Classic Film Festival sous la modération de l’auteur et historien Donald Bogle.

Demeuré très populaire au fil du temps, et considéré encore à ce jour comme l’un des chefs d’oeuvre du cinéma américain, Autant en emporte le vent fait depuis sa sortie l’objet de nombreuses critiques quant à son portrait nuancé de l’esclavage afro-américain. Le réalisateur Spike Lee n’avait d'ailleurs pas hésité à inclure des extraits du film – mais également du non-moins controversé Naissance d’une nation de D.W. Griffith- dans son long métrage BlacKkKlansman consacré à l’infiltration du Kux Klux Klan.

Yu Yu Hakusho : le shônen culte débarque sur ADN

Un nouvel anime rejoint dès aujourd’hui le catalogue de la plate-forme ADN et bien plus qu’une simple série culte, il s’agit tout simplement d’une œuvre fondatrice dans l’histoire du shônen ! C’est dire tout l’importance que revêt Yu Yu Hakusho, adaptation du manga éponyme de Yoshihiro Togashi (Hunter x Hunter), qui reste considérée encore à ce jour comme l’une des œuvres les plus populaires à travers le monde, mais également comme l’une des meilleures séries de baston de tous les temps !

S’il est courant que le protagoniste d’un shônen soit un héros vaillant au coeur pur, Yu Yu Hakusho joue dès le point de départ de l’histoire la carte de l’originalité en choisissant pour personnage principal un "furyô", nom donné au Japon aux adolescents marginaux très souvent représentés la cigarette à la bouche et coiffés d’une banane évoquant les gangs américains des années 50. Mais s’il a l’apparence d’un voyou irrécupérable, Yusuke – le protagoniste de la série – va très vite révéler sa nature en sacrifiant sa propre vie pour sauver celle d’un enfant. Un acte héroïque et surtout inattendu, qui va pousser Enma Jr. à qui revient de diriger les défunts vers le paradis ou l’enfer, à lui offrir une seconde chance et de le ressusciter, à la condition qu’il remplisse plusieurs missions en son nom.

De retour à la vie, Yusuke devient alors une sorte de détective du monde des esprits, et se voit confié par Enma une nouvelle mission consistant à mettre la main sur trois démons surpuissants ayant dérobé des objets appartenant au monde des ténèbres. Dans ses combats, il ne sera néanmoins pas seul puisqu’il sera épaulé par Botan, la passeuse d’âmes qui l’accompagne dans le royaume des morts, mais également d’alliés puissants comme Kuwabara, camarade de classe de Yusuke, Kurama, réincarnation d’un ancien démon renard, et enfin Hiei, redoutable combattant doté d’un sabre.

On l’aura compris, Yu Yu Hakusho est tout sauf un shônen comme les autres : outre son originalité, c’est très certainement sa capacité à se renouveler continuellement qui a permis à la série de connaître le succès, une caractéristique que l’on pourrait également attribuer à Hunter x Hunter, l’autre manga culte signé Yoshihiro Togashi. "Le titre est arrivé à une époque d'essor pour le shonen. Les codes modernes viennent d'être posés par Dragon Ball, Saint Seiya, Slam Dunk ou encore Jojo's Bizarre Adventure et Yu Yu Hakusho rebondit bien sur l'engouement pour le genre. S'il est sorti du lot, ce n'est pas tant pour son originalité que par sa qualité d'écriture. D'ailleurs les premiers tomes ne versent pas tout de suite dans les combats et on a des histoires assez mignonnes mêlant enquêtes, mélancolies et humour." développe pour nous le journaliste spécialisé Pa Ming Chiu (AnimeLand, Anime News Network, Animascope)

Produite par le studio Pierrot (également connu pour avoir donné vie ensuite aux aventures de Naruto), la série animée Yu Yu Hakusho reste aujourd’hui très appréciée, malgré des images certes datées, mais tojours aussi efficaces grâce notamment à des scènes de combats de qualité, mais également à une bande-originale particulièrement mémorable, en particulier le générique d’ouverture Smile Bomb qui reste une des références du genre. Seule ombre au tableau, Yu Yu Hakusho s’est essentiellement fait connaître en France pour son manga (édité chez Kana), puisque la série animée n’a jamais été diffusée par le Club Dorothée malgré l'obtention des droits de retransmission ; après quelques éditions VHS qui ne trouvent pas leur public, l’anime finit pourtant par trouver le succès dans l’hexagone au cours des années 2000 grâce à la parution d’intégrales en DVD mais aussi par sa diffusion sur les chaînes du câble.

Le célèbre magazine de pré-publication Weekly Shônen Jump connut son âge d’or au début des années 90, grâce notamment au succès de ses séries phares toutes déclinées en anime eux aussi plébiscités par le public. Trois mangas ont notamment tiré leur épingle du jeu et contribué à ce tirage record qui ne sera jamais plus égalé : Dragon Ball, Slam Dunk et Yu Yu Hakusho donc. Parmi ce trio magique, Yu Yu Hakusho demeure certes la moins connue à travers le monde, un constat qui n’entrave rien à son immense popularité. "Il fait en effet partie des titres de l'Âge d'or et a été un fier représentant de la ligne éditoriale qui mettait en avant les valeurs de l'amitié et de la victoire par l'effort" précise Pa Ming Chiu.

Totalisant 50 millions d'exemplaires vendus à travers le monde, pour à peine 19 tomes parus (à titre comparatif, Dragon Ball en totalise 42 et Slam Dunk 31), Yu Yu Hakusho est également la première série de ce trio magique à avoir été arrêtée, le 25 juillet 1994. Et bien que Yoshihiro Togashi ait par la suite connu d'autres succès avec ses mangas Level E (3 tomes) et Hunter x Hunter (36 tomes, toujours en parution), on constate que la popularité de Yu Yu Hakusho ne s'est jamais démentie, bien au contraire, qu'il s'agisse par le biais de ventes de produits d'objets dérivés, par la production de jeux vidéo dérivés de la franchise ou encore par la diffusion de longs métrages et OAV.

L’arrivée de Yu Yu Hakusho sur la plate-forme ADN est donc un événement tant pour les spectateurs nostalgiques qui auront à coeur de renouer avec ce monument du shônen, que pour les générations plus récentes qui auront pour la première l’occasion de découvrir cette œuvre fondatrice. Sa disponibilité sur la plate-forme constitue d'ailleurs selon Pa Ming Chiu la "bonne porte d'entrée pour découvrir la créativité de Togashi et sa façon de transcender des codes. (...) Beaucoup de titres similaires plus originaux sont sortis depuis, mais le charme de Yu Yu Hakusho reste intact à mes yeux."

La première partie de la série animée Yu Yu Hakusho est à retrouver dès à présent sur ADN; l'intégrale du manga (19 tomes) est à retrouver aux éditions Kana !

24 juin 2020

Les Roseaux sauvages sur Arte : l'adolescence vue par André Téchiné à (re)découvrir

Le soleil ardent, les champs à perte de vue, les baignades dans la rivière... Jamais une œuvre n'aura mieux capturé l'essence même de l'été. Ce n'est donc pas un hasard si Les Roseaux sauvages, douzième film d'André Téchiné, est diffusé ce 24 juin, à 20h55, sur Arte. D'abord pensé comme un téléfilm de moins d'une heure, commandé par la chaîne franco-allemande dans le cadre de la collection Tous les garçons et les filles de leur âge, le projet mute dans la tête du réalisateur et des scénaristes durant sa conception pour devenir un long métrage.

Après sa grande première au Festival de Cannes en 1994, le film révèle au grand jour trois comédiens - Gaël Morel, Stéphane Rideau, Frédéric Gorny -, et confirme le talent de la jeune Élodie Bouchez. Cette dernière reçoit même le César du meilleur espoir féminin l'année suivante. Ce prix est accompagné de trois autres récompenses prestigieuses, dont celle du meilleur film. La version téléfilm, intitulée Le Chêne et le roseau sera, quant à elle, diffusée en octobre 1994 sur Arte. Malgré un succès timide dans les salles, Les Roseaux sauvages gagne, au fil des années, un statut d'œuvre culte et intemporelle qu'il doit, en partie, à sa sensibilité et son authenticité.

1962, dans le sud-ouest de la France. François est un garçon brillant, promis à un bel avenir. Il se découvre de jour en jour et commence à questionner sa sexualité. Il peut néanmoins compter sur le soutien et l'oreille attentive de sa meilleure amie, Maïté, fille d'une professeur communiste. Pour le duo inséparable, c'est une année importante, celle du baccalauréat, mais leur vie va être bouleversée lorsque leur chemin croisera celui de deux jeunes hommes : Serge, frère d'un militaire reparti en Algérie, et Henri, un pied-noir hanté par la mort de son père.

Avec talent, André Téchiné renferme les spectateurs dans une bulle, à l'image de ce village qui semble coupé du reste du monde, et s'immisce, le temps d'un été seulement, dans le quotidien de quatre adolescents qui s'apprêtent à vivre le moment pivot de leurs jeunes années. Le film trouve sa singularité dans sa finesse et son atmosphère estivale, semblable à celle que l'on retrouvera, des années plus tard, dans un film comme Call Me by Your Name de Luca Guadagnino.

La puissance des Roseaux sauvages réside principalement dans le traitement de ses héros, tous admirablement construits, à l'instar de François, joué par Gaël Morel. Jeune homosexuel de province, il peine à trouver ses repères pour s'affirmer, avant de faire la rencontre d'un vieux marchand de chaussures dans une scène très émouvante. Déterminé à accepter sa propre identité, il n'hésite pas à faire face à son reflet dans le miroir en prononçant ces mots en boucle : "Je suis un pédé." Cette sincérité et cette force d'écriture, le cinéaste les insuffle dans son récit en puisant dans sa propre adolescence, passée dans un établissement religieux, comme son protagoniste principal.

Si le film dégage une véritable douceur, il n'en demeure pas moins sombre lorsqu'il aborde les conséquences de la guerre d'Algérie sur le destin de ces adolescents, questionnant leur rapport à la mort, au deuil et au désir de vengeance, comme Henri, interprété par Frédéric Gorny. L'acteur et ses partenaires de jeu brillent dans chacune de leur scène grâce des performances et des dialogues réalistes, qui tendent à nous faire oublier que les héros qu'ils incarnent sont seulement fictifs.

Plus de vingt-cinq ans après sa sortie, Les Roseaux sauvages demeure l'une des œuvres majeures dans la carrière d'André Téchiné. Le film n'a rien perdu de son charme, ni de sa pertinence dans sa manière de dépeindre la complexité de l'adolescence. Nul doute qu'il saura trouver un écho particulier dans le cœur d'une nouvelle génération, comme d'une plus ancienne. C'est peut-être à cela que l'on reconnaît les grands films.

Hamilton (Disney+) : comment la comédie musicale inspire les manifestants du mouvement Black Lives Matter

Acclamée par les amateurs du genre, la critique, ainsi que le président Obama, la comédie musicale Hamilton bat des records depuis ses débuts en août 2015. Devenue un réel phénomène culturel aux États-Unis, la comédie musicale se félicite sur son site officiel d’avoir eu “un profond impact dans les domaines de la culture, de la politique et de l’éducation”. Une affirmation qui semble aujourd’hui se confirmer à l’approche de la sortie de la captation en vidéo d’Hamilton sur la plateforme Disney+ le 3 juillet prochain.

À travers la vie mouvementée d’Alexander Hamilton, l’un des Pères fondateurs des États-Unis, Hamilton se présente comme “l’histoire de l’Amérique de l’époque, racontée par l’Amérique d’aujourd’hui”. Si la révolution est un thème majeur de l’oeuvre de Lin-Manuel Miranda, qui suit un fervent défenseur de l’indépendance américaine au XVIIIe siècle, elle a également lieu sur scène avec des choix audacieux et modernes. Pour donner vie aux figures historiques du spectacle, l’acteur, compositeur et parolier s’entoure d’une distribution multiculturelle réunissant des acteurs noirs, latinos et asiatiques. La comédie musicale joue également avec les codes du genre en associant des morceaux de rap, hip-hop, jazz et R&B. C’est dans les paroles de ces dernières que de nombreux citoyens américains semblent aujourd’hui trouver l’inspiration.

À l’heure où les manifestations du mouvement Black Lives Matter continuent de rassembler les foules aux États-Unis et dans le reste du monde, pour dénoncer le racisme systémique et les violences policières, certains participants ont défilé avec des pancartes reprenant des passages de la comédie musicale. “History has its eyes on you” (“L’Histoire a les yeux rivés sur vous”) d’un côté, “tomorrow there’ll be more of us” (“demain, nous serons plus nombreux”) de l’autre. Associées dans le spectacle à l’histoire d‘un homme qui se bat pour ses convictions, ces paroles font écho avec justesse aux protestations qui prennent aujourd’hui place dans nos rues.

Sur les réseaux sociaux, l’écrivaine et conférencière américaine Rachel Cargle a publié un thread reprenant les paroles les plus pertinentes du show en résonance avec le mouvement Black Lives Matter. Le créateur de Hamilton, touché par cette démarche, a lui aussi participé en partageant un extrait du morceau Farmer Refuted :

“Si touché par ce thread ce weekend. Les paroles qui me frappent sont légèrement enfouies dans un contrepoint. Seabury : ‘Le chaos et les carnages ne sont pas une solution--’ // Hamilton : ‘Le chaos et les carnages NOUS HANTENT DÉJÀ.’ Merci @RachelCargle”

À l’occasion de la sortie de la comédie musicale sur Disney+, Lin-Manuel Miranda a déclaré en conférence de presse être “extrêmement fier” de l’inspiration que les manifestants puisent dans les paroles de ses chansons. Plusieurs de ses partenaires se sont également exprimés sur le sujet. Renée Elise Goldsberry (Altered Carbon) insiste sur l’importance de partager ce spectacle avec le plus grand nombre en cette période : “La diversité de ce pays peut être revendiquée par toutes les personnes qui l’ont créé. C’est l’une des nombreuses choses que le spectacle célèbre et je pense que c’est nécessaire en ce moment.”

De son côté, Okieriete Onaodowan (Station 19) est impatient de voir comment Hamilton peut influencer les plus jeunes. “J’aime le fait que dans le spectacle, la manière dont [Alexandre Hamilton] riposte est par la législation, le changement et l’écriture. Donc j’ai hâte de voir comment cela peut inspirer le mouvement. [...] J’ai hâte que les jeunes qui sont dehors, bouleversés et en colère, puissent regarder [le spectacle] et réaliser qu’ils peuvent utiliser leur énergie à travers l’écriture et en contestant les personnes qui vous disent des choses que vous n’aimez pas entendre, comme Hamilton l’a fait.” 

La comédie musicale semble avoir éveillé l'intérêt de certains étudiants pour des sujets comme l’histoire et l’éducation civique, d’après le site Education World. “Je suis impatiente de voir combien de jeunes vont voir [Hamilton] et être inspirés à être non seulement, peut-être des artistes, des chanteurs ou des acteurs, mais des artistes en tant que citoyens et vont participer aux élections et être intéressés par ce que ça signifie de s’impliquer pour son pays,” souligne Phillipa Soo, prochainement à l’affiche de The Broken Hearts Gallery.

Dès le 3 juillet prochain, les abonnés Disney+ du monde entier pourront découvrir la comédie musicale à succès. Une date symbolique, la veille du 4 juillet, qui n’est autre que la fête nationale américaine commémorant la Déclaration d'indépendance, événement fondateur du pays au coeur de l’histoire d’Hamilton. Le spectacle deviendra ainsi peut-être une source d’inspiration pour de nombreux autres spectateurs.

Le producteur David Guillod accusé de viols et d'agressions sexuelles

David Guillod, producteur hollywoodien et agent de stars à l'origine de plusieurs succès dont les films Atomic Blonde (2017) et Tyler Rake (2020)  sur Netflix, est visé par pas moins de onze chefs d'accusation pour viol, enlèvement et séquestration, en lien avec quatre agressions supposées commises en mai 2012, décembre 2014 et janvier 2015.

Les procureurs ont inculpé Guillod pour "pénétration sexuelle d'une victime inconsciente ou prise par surprise", "pénétration sexuelle d'une victime sous l'emprise de drogues", "sexe oral avec une victime sous l'emprise de drogues", "sexe oral avec une victime alcoolisée", et "sexe oral avec une victime inconsciente ou prise par surprise" en lien avec l'agression supposée qui se serait déroulée en 2012. Pour l'agression commise en 2014, il est accusé d'"enlèvement dans le but de commettre un viol" et de "viol par tromperie."

Le Los Angeles Times rapporte que Gillod s'est rendu à la police du comté de Santa Barbara en Californie ce lundi 22 juin et a été placé en détention. Les accusations envers le producteur de 53 ans ne sont pas récentes; si l'identité des quatres victimes n'a pas été divulgué, l'actrice Jessica Barth avait déjà rapporté publiquement que Guillod l'avait droguée et violée en 2012, la même année que l'une des plaignantes. L'affaire avait cependant été classée en 2014, avant que l'actrice ne demande la réouverture du dossier en 2017 suite à l'émergence du mouvement #MeToo. Barth fait également partie des dizaines de femmes à avoir été victimes du producteur Harvey Weinstein, reconnu coupable d'agression sexuelle et de viol.

"Cela fait huit ans que M. Guillod nie ces allégations, et depuis huit ans, M. Guillod a fait preuve d'une totale coopération avec tous les aspects de l'enquête judiciaire. Nous trouvons la mise en lien des plaintes déposées au bureau du procureur de Santa Barbara et leur timing douteux" a déclaré l'avocat du producteur dans un communiqué, en référence à la sortie du film Tyler Rake sur Netflix en avril dernier.

Le LA Times rapporte enfin qu'au moins trois femmes ont reçu des dommages et intérêts en lien avec les actes supposés de Guillod de la part de ses sociétés de production précédentes. Plusieurs stars féminines ont rompu leur contrat avec l'agence de talents gérée par Guillod suite aux plaintes déposées par Jessica Barth et les autres victimes non citées en 2017.